mercredi 7 août 2013

GRINDR M'A TUER

Il y a quelque temps, une copine avait commencé à me parler de ce gars qu'elle voulait que je rencontre. Jusqu'à là, personne ne m'avait dit en face qu'avoir 40 ans et être célibataire équivaut au statut de "vielle fille ad vitae eternam": la preuve est qu'on essaye de plus en plus (infructueusement) de me caser à tout prix. Le gars dont elle me parlait avait l'air très bien - intelligent, mignon, dévoué à ses amis et à sa famille - jusqu'à sa dernière phrase descriptive, lâchée avec extrême nonchalance: "Ah oui, et il est sur cette app appelée Grindr, comment dire, tout le temps". 

Ouch.

Première règle du profil parfait sur Grindr: assumer une pose improbable et plus compliquée que celles des artistes du Cirque du Soleil

Soyons clairs: j'utilise Grindr aussi et ce autant que Facebook ou Twitter; c'est exactement ça qui m'a refroidi à l'égard de ce garçon à l'apparence parfait. Je déteste absolument 90% des hommes que je rencontre grâce à Grindr. Pourquoi? Parce que tous, peu importe ce qu'ils racontent, font recours à cette app pour le sexe d'abord et en dernier lieu pour entamer des relations - si jamais on arrive à ce point. Et, devinez: je suis coupable de me servir de Grindr pour des rencontres sexuelles aussi. Hey, je suis humain, non mais! 

Phubbing, ou l'envie de passer plus de temps sur son téléphone qu'à écouter la personne avec qui nous sommes en compagnie. Tout a commencé avec Grindr. Ou Facebook. Ou avec Jeanne D'arc...

 
Alors, pourquoi ne prendrais-je pas cette situation tout simplement pour ce qu'elle est et n'essayerais-je de faire confiance à ce mec, du moins jusqu'au moment où il me donne des raisons pour ne pas le faire? Parce que je sais que Grindr est en train de gâcher toutes nos chances de trouver de la "substance". Il nous rend pinailleurs à l'extrême, lorsqu'il s'agit de romantisme. Si vous êtes sur Grindr, réfléchissez à votre routine. Vous commencez par communiquer avec un garçon très mignon (pour le mettre dans votre lit ou pour autre chose) en vous basant exclusivement sur son apparence. Après, vous recevez un autre message par un autre mec tout aussi mignon, ou vous trouvez un autre à qui envoyer des messages. Et, soudain, c'était comme si le premier mec n'existait plus. C'est comme la crise de la cinquantaine qui se produit dans l'arc de cinq minutes, un démon de midi en confection spray:  quelque chose de mieux et de plus resplendissant vient d'arriver et vous n'avez même pas eu le besoin de vous acheter une décapotable. Bien pour vous. 

Démon de midi digne de toute histoire biblique. Pourtant aucune mention de Grindr dans l'Ancien Testament, où les rélations mai-décembre étaient à l'ordre du jour.

Mais regardons maintenant ce qui se produit quand vous rencontrez vraiment ces mecs face à face. Disons que vous êtes sur cet app dans l'optique d'une relation en CDI. Le premier mec dont nous avions parlé dans le paragraphe précédent vous invite dîner (ou vice versa); la conversation est bonne et tout va pour le meilleur. Il vous propose de vous revoir et l'idée vous plaît énormément. Ne venez pas me raconter que, entretemps, certaines d'entre vous ne pensent pas au deuxième, troisième ou même quatrième mec avec qui vous avez échangé des messages pendant la journée. A leur tour, ces mecs vous demandent en rencontre, donc vous organisez pour les voir. Maintenant, dans l'optique d'opérer le meilleur choix pour vous, les mieux organisés se feront des Google Calendar ou des "Events" rien que pour vos rencontres Grindr. Pathétique? Je vous laisse juger. Mais voici le topo: ces mecs avec qui vous avez établi des rendez-vous feront exactement la même chose!

Dans une ville comme Paris, c'est difficile enchainer RDV sur RDV sans tomber sur untel qui connait untel qui connait untel qui connait untel. Une simple feuille de calcul Excel peut devenir une rédoutable pivot table. 

En revanche, si vous êtes comme la plupart des "Mecs Grindr", probablement vous ne cherchez qu'une rencontre occasionnelle, quelqu'un avec qui vous défouler. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne le nombre de rencontres occasionnelles est inversement proportionnel à l'envie (ou même aux chances) que j'ai de trouver une vrai histoire d'amour. Pourquoi voudrais-je une histoire quand je suis parfaitement indépendant  et que je peux avoir autant de sexe que je veux avec qui je veux? Ok, je suis comme on m'a déjà dit une vieille tarlouze hyperpensive, mais je suis convaincu que Grindr favorise l'infidélité sur le long terme: ça nous pousse à vouloir quelque chose de nouveau à chaque fois (déjà que dans d'autres domaines en dehors du sexe nous désirons toujours des choses nouvelles: demandez à n'importe quel employé FNAC ou Darty). 

Diego est visiblement à la recherche d'une histoire sérieuse. Il a compris que la simplicité est la clé de tout. 

Si le mec que ma copine veut me présenter est exactement comme moi et prend sa dose de Grindr pour ses propres fins, pourquoi, alors, il est si difficile pour moi de l'accepter tel quel? La réponse est hélas trop simple: c'est la faute à ma propre mauvaise conscience, car je sais pertinemment que Grindr est mauvais pour moi, donc, par propriété transitive, c'est très mauvais pour tout utilisateur. J'exagère, n'est ce pas? Probablement oui. Est ce Grindr est devenu la nouvelle cocaïne du Millénaire?  Bah, dans ce cas, peut-être qu'une belle dose de bon vieux romantisme est effectivement le meilleur remède.   



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire