mercredi 7 août 2013

GRINDR M'A TUER

Il y a quelque temps, une copine avait commencé à me parler de ce gars qu'elle voulait que je rencontre. Jusqu'à là, personne ne m'avait dit en face qu'avoir 40 ans et être célibataire équivaut au statut de "vielle fille ad vitae eternam": la preuve est qu'on essaye de plus en plus (infructueusement) de me caser à tout prix. Le gars dont elle me parlait avait l'air très bien - intelligent, mignon, dévoué à ses amis et à sa famille - jusqu'à sa dernière phrase descriptive, lâchée avec extrême nonchalance: "Ah oui, et il est sur cette app appelée Grindr, comment dire, tout le temps". 

Ouch.

Première règle du profil parfait sur Grindr: assumer une pose improbable et plus compliquée que celles des artistes du Cirque du Soleil

Soyons clairs: j'utilise Grindr aussi et ce autant que Facebook ou Twitter; c'est exactement ça qui m'a refroidi à l'égard de ce garçon à l'apparence parfait. Je déteste absolument 90% des hommes que je rencontre grâce à Grindr. Pourquoi? Parce que tous, peu importe ce qu'ils racontent, font recours à cette app pour le sexe d'abord et en dernier lieu pour entamer des relations - si jamais on arrive à ce point. Et, devinez: je suis coupable de me servir de Grindr pour des rencontres sexuelles aussi. Hey, je suis humain, non mais! 

Phubbing, ou l'envie de passer plus de temps sur son téléphone qu'à écouter la personne avec qui nous sommes en compagnie. Tout a commencé avec Grindr. Ou Facebook. Ou avec Jeanne D'arc...

 
Alors, pourquoi ne prendrais-je pas cette situation tout simplement pour ce qu'elle est et n'essayerais-je de faire confiance à ce mec, du moins jusqu'au moment où il me donne des raisons pour ne pas le faire? Parce que je sais que Grindr est en train de gâcher toutes nos chances de trouver de la "substance". Il nous rend pinailleurs à l'extrême, lorsqu'il s'agit de romantisme. Si vous êtes sur Grindr, réfléchissez à votre routine. Vous commencez par communiquer avec un garçon très mignon (pour le mettre dans votre lit ou pour autre chose) en vous basant exclusivement sur son apparence. Après, vous recevez un autre message par un autre mec tout aussi mignon, ou vous trouvez un autre à qui envoyer des messages. Et, soudain, c'était comme si le premier mec n'existait plus. C'est comme la crise de la cinquantaine qui se produit dans l'arc de cinq minutes, un démon de midi en confection spray:  quelque chose de mieux et de plus resplendissant vient d'arriver et vous n'avez même pas eu le besoin de vous acheter une décapotable. Bien pour vous. 

Démon de midi digne de toute histoire biblique. Pourtant aucune mention de Grindr dans l'Ancien Testament, où les rélations mai-décembre étaient à l'ordre du jour.

Mais regardons maintenant ce qui se produit quand vous rencontrez vraiment ces mecs face à face. Disons que vous êtes sur cet app dans l'optique d'une relation en CDI. Le premier mec dont nous avions parlé dans le paragraphe précédent vous invite dîner (ou vice versa); la conversation est bonne et tout va pour le meilleur. Il vous propose de vous revoir et l'idée vous plaît énormément. Ne venez pas me raconter que, entretemps, certaines d'entre vous ne pensent pas au deuxième, troisième ou même quatrième mec avec qui vous avez échangé des messages pendant la journée. A leur tour, ces mecs vous demandent en rencontre, donc vous organisez pour les voir. Maintenant, dans l'optique d'opérer le meilleur choix pour vous, les mieux organisés se feront des Google Calendar ou des "Events" rien que pour vos rencontres Grindr. Pathétique? Je vous laisse juger. Mais voici le topo: ces mecs avec qui vous avez établi des rendez-vous feront exactement la même chose!

Dans une ville comme Paris, c'est difficile enchainer RDV sur RDV sans tomber sur untel qui connait untel qui connait untel qui connait untel. Une simple feuille de calcul Excel peut devenir une rédoutable pivot table. 

En revanche, si vous êtes comme la plupart des "Mecs Grindr", probablement vous ne cherchez qu'une rencontre occasionnelle, quelqu'un avec qui vous défouler. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne le nombre de rencontres occasionnelles est inversement proportionnel à l'envie (ou même aux chances) que j'ai de trouver une vrai histoire d'amour. Pourquoi voudrais-je une histoire quand je suis parfaitement indépendant  et que je peux avoir autant de sexe que je veux avec qui je veux? Ok, je suis comme on m'a déjà dit une vieille tarlouze hyperpensive, mais je suis convaincu que Grindr favorise l'infidélité sur le long terme: ça nous pousse à vouloir quelque chose de nouveau à chaque fois (déjà que dans d'autres domaines en dehors du sexe nous désirons toujours des choses nouvelles: demandez à n'importe quel employé FNAC ou Darty). 

Diego est visiblement à la recherche d'une histoire sérieuse. Il a compris que la simplicité est la clé de tout. 

Si le mec que ma copine veut me présenter est exactement comme moi et prend sa dose de Grindr pour ses propres fins, pourquoi, alors, il est si difficile pour moi de l'accepter tel quel? La réponse est hélas trop simple: c'est la faute à ma propre mauvaise conscience, car je sais pertinemment que Grindr est mauvais pour moi, donc, par propriété transitive, c'est très mauvais pour tout utilisateur. J'exagère, n'est ce pas? Probablement oui. Est ce Grindr est devenu la nouvelle cocaïne du Millénaire?  Bah, dans ce cas, peut-être qu'une belle dose de bon vieux romantisme est effectivement le meilleur remède.   



dimanche 14 juillet 2013

Antigone: le courage d'une femme qui a dit NON

Il m’est arrivé, il y a quelques jours de tomber sur un article d’un écrivain italien, Gabriele Romagnoli, qui m’a profondément touché et diverti. Ça évoquait des moments loins, les temps des études au lycée, où certains professeurs n’avaient qu’une mission : ne pas nous faire aimer ce qu’ils nous apprenaient (ou ce qui nous n’apprenaient pas, pour le coup). Dans mon cas c’étaient les leçons de latin et de mythologie, où l’enseignante arrivait son bureau, ouvrait son bouquin et lisait d’une voix monotone (il manquait le pathos des formules magiques à la Harry Potter, il faut avouer) quelques tragédies d’Euripide où il fallait prendre des notes. C’est donc au son de cette litanie monotone de Sophocle que nous apprenions du drame de Œdipe, née de Laïos et Jocaste et abandonné à la naissance, grandissant en ignorant ses origines et donc amené à tuer son père et à épouser sa mère avec qui il aura 4 enfants ; seulement, une fois la vérité émergée, il verra sa mère-femme s’arracher les yeux et se pendre. Le destin ne pouvait pas être moins tragique pour les 4 pauvres descendants de cette douloureuse et horrible erreur : Etéocle, Polynice, Ismène et Antigone. 

Antigone et Oedipe: comment les péchés des parents retombent sur les enfants

La suite était expliquée de façon très approximative et rapide, peut-être pour ne pas trop troubler les pauvres étudiants italiens qui s’endormaient pendant les explications/lectures de telles aventures passionnantes. Il aurait fallu, pour animer l’intérêt et, pourquoi pas, l’attachement à cette histoire, que l’enseignant en question fasse un travail d’association cognitive plus poussé : nous mettre devant à n’importe quel film de Lars Von Trier, quelques fragments tirés de n’importe quel feuilletton/soap opera (histoire de voir comment les mêmes mécanismes narratifs sont employés depuis les temps de l’ancienne Grèce) et faire des parallèles avec Rosa Parks, Amina et les Pussy Riot.


Pussy Riot: un gros fuck à Poutine leur a coûté cher... Mais c'était un geste révélateur 


Reste que,  à distance de plusieurs années, l’article de Romagnoli m’a donné envie de connaitre la suite de cette histoire, sans pour autant avoir eu la chance d’assister à sa représentation théâtrale. On retrouve les enfants d’Œdipe des annés plus tard : la ville de Thèbes est gouvernée par leur oncle Créon et les frères Etéocle et Polynice se sont entre-tués pour la prise du trône. Sauf que Créon a établi que son neveu usurpateur et allié, Etéocle, aura droit à des célébrations funéraires en grand pompe, alors que celui qui est considéré comme le traitre (bien que légitime héritier), Polynice, aura son cadavre jeté hors des murs de la ville, sans sépulture et exposé aux sévices des intempéries et des animaux, sans confort, sans dignité. Personne n’ose se rebeller à cette loi. Seule Antigone décide de s’opposer à cette loi, sans prendre en compte les avertissements de sa sœur, ni le destin ; elle enterre donc son frère en brisant la norme au nom d’une « loi des dieux », qu’on pourrait normalement appeler « loi morale ». Enterrer ses morts n’est pas un commandement, c’est un devoir naturel. Ordonner l’opposer ce n’est pas produire une loi, ça équivaut à en amputer une supérieure. Le confit entre loi écrite et loi naturelle c’est un point central de l’histoire et du droit. Ce sont les lois qui font progresser la civilité, mais c’est les transgressions qui souvent permettent d’effacer les lois injustes et de les remplacer avec d’autre qui permettent le progrès. 


Tous les hommes sont égaux aux yeux de la loi: vous en avez encore des blagues comme ça? 

On apprend tous, depuis notre enfance que l’obéissance porte des prix, la désobéissance les punitions. Antigone nous apprend la désobéissance, celle qui demande du courage, du sacrifice et une bonne dose d’idéalisme.
Antigone a eu plusieurs noms au cours de l’histoire. C’était Rosa Parks qu’en 1955, sur un bus en Alabama, elle s’est assise à une place réservée aux blancs. Elle enfreint une loi, elle donne un exemple qui ouvrira une fissure pour que, plus de 50 ans plus tard, Obama puisse s’installer à la Maison Blanche. C’est Amina, qui écrit sur son corps l’opposition à la loi coranique qu’au nom de Dieu ne fait qu’offenser la moitié de l’humanité. C’est les Pussy Riot, qui dépassent toute borne et interdit pour protester contre Putin. Malheureux est le pays qui a besoin d’héros, mais encore plus celui qui ne trouve pas d’héroïnes en mesure de changer le cours des événements, au lieu de se contenter de quelque présence exiguë au gouvernement ou autres « concessions » qui devraient sonner pathétiques. Antigone regarde droit dans les yeux son oncle, qui lui annonce son terrible destin : elle lui réponds qu’elle aurait souffert si elle avait respecté une loi injuste, toute autre chose ne lui causerait pas de souffrance. Merci Antigone pour cet exemple. Merci Gabriele Romagnoli pour tes paroles pleines de sagesse et d’inspiration…

vendredi 12 juillet 2013

Kierkegaard et la philosophie du « désamour »

Le nom de Søren Kierkegaard vous évoque-t-il quelque chose ? Vous l’aurez sans doute entendu dans quelques dialogues tirés d’un film de Woody Allen. OU, si vous avez fait des études supérieures, ce nom vous rappellera des interminables heures de philosophie, une prof plus ou moins déséquilibrée (forcément divorcée et névrosée) et de foi plus Leibnizienne qui parlait avec un mépris plus ou moins caché de ce penseur mélancolique qui écrivait des choses telles que : «  La jeunesse est un rêve et l’amour en est son contenu ». Je suis convaincu que certains prof de philo allaient secrètement vomir après une leçon sur Kierkegaard, monde de brutes dans lesquels nous vivons. Soit. Ça c’est ce qui nous reste.
Pas toute les profs de philo (surtout femmes) aiment Kierkegaard. Celle ci me semble plus proche de Hegel... quoique... 

Pourtant les danois ont décidé de fêter le bicentenaire de ce personnage. Donc, si vous en avez le courage (ou la force que moi je n’ai pas en ce moment), faites un tour à Copenhague. On pourrait mieux comprendre certains aspects de cette mélancolie profonde qui se résume dans une vérité qui me hante jusqu’aujourd’hui : «  L’amour est beau seulement jusqu’à quand il y a du contraste et du désir ; après, ça ne devient que de la faiblesse et de l’habitude ». 


Mais la foi n’était pas « miser sur le 37 » à la roulette ? Oh, c’était Pascal qui disait ça ? Désolé, je vais réviser. 


Une fois à Copenhague, rendez-vous à l’expo « Les objets de l’amour ». La visite est organisée en suivant deux parcours circulaires : un intérieur, où on retrouve des objets appartenant à Kierkegaard et un extérieur, avec des éléments (sélectionnés et répertoriés)  donnés par les visiteurs. Et ici, spontanément, la question surgit : De quoi parle-t-il Søren quand il parle d’amour ? Il en savait quoi ? Dans une thèque, on peut voir les alliances de ses parents : son père, à qui il dédie des réflexions et du temps, la mère invisible. Il écrira : « Le paganisme avait un dieu pour l’amour et aucun pour le mariage. Pour le christianisme j’oserais dire le contraire ». Aigu et un petit peu amer, le mec. 

Kierkegaard, ce héro qui "avait tout compris". Et qui est mort free.  

L’histoire raconte qu’en 1840, à 27 ans, lorsqu’il marchait dans la rue, il aperçut Regine Olsen et il en tomba profondément amoureux. Le fameux coup de foudre, l’amour à première vue. Il se fiança avec Regine, il lui offra un anneau en diamants, il lui envoya des pages intense sur l’éthique et l’esthétique. Elle aima, elle feuilleta et elle répondit.  Les saisons se suivirent et les noces s’approchèrent. Mais qu’arriva-t-il ? Il suffit de tourner la tête vers la thèque dédiée aux séparations : au centre on peut voir un anneau avec une croix de diamants au centre. En 1841, 14 mois après leurs fiançailles, Kierkegaard brisa son lien avec Regine. Elle lui rendit l’anneau et lui il fit remodeler  les pierres pour qu’elles forment une croix. Il resta, au fond, fidèle à trois choses : son Dieu, sa mélancolie et Regine. Il ne se maria jamais, mais il ne lui pardonna jamais de l’avoir fait. Il ne l’oublia jamais, même si on raconte qu’une fois il l’avait croisée dans la rue et il ne lui adressa pas la parole. Mais pourquoi avait-il décidé de la laisser ? Qu’avait-il vu, notre cher Kierkegaard pour quitter le seul grand amour de sa vie ? La future disparition du désir, la diminution du contraste, le dieu de l’amour qui fait à poings avec celui du mariage et est mis au tapis au 7ème round sans jamais pouvoir se lever. Il avait vu ce que nous avons tous rencontré à un moment donné : l’ennui, l’habitude, la trahison. Il avait vu la fin du jeu lorsqu’il était en train de jouer. Il savait déjà que la vie elle est comme ça ; c’est l’essence de l’existence.

Kierkegaard avait six frères. Cinq étaient morts avant lui. Aucun ne semblait pouvoir passer les 32 ans. Lui-même il s’était préparé à cette fin. Lorsqu’il dépassa la date fatidique, il pensa que c’était une erreur de transcription de date de naissance. Il contrôla, en vain. Plus simplement : la vie est ennuyeuse, mais le destin, lui, il est imprévisible. La première écrit les règles, l’autre note toutes les exceptions. Et il n’y en a pas beaucoup, parce qu’il est paresseux et parce que nous ne les méritons pas. Tout est déjà écrit, inéluctable, barbant. Sauf que nous, nous sommes encore ici et nous pouvons encore miser et oser. 

jeudi 11 juillet 2013

Série : « Orphan Black ». Un titre à retenir

S’il y a une chose que j’aime bien dans le monde des séries, c’est qu’on ne court jamais le risque de rester à sec. Toujours plein de nouvelles intrigues, toujours de nouvelles histoires et pas mal de preuves d’originalité qui risquent de te rendre totalement accro. Une des nouvelles séries testées est « Orphan Black » qui se situe entre le sci-fi et le thriller, signée BBC America.


 




Le plot suit la vie de Sarah, une petite voyoue qui cherche à se libérer de son ex-petit ami dealer et qui n’a qu’un objectif dans sa tête : récupérer sa fille (confiée à une « amie de famille ») et recommencer sa vie sur des nouvelles bases. Les choses changent brusquement lorsqu’une fille se jette sous un train devant ses yeux. Plus que le suicide lui-même, c’est un autre particulier qui choque notre héroïne : la victime est sa copie conforme, une jumelle. Instinctivement Sarah lui prend son sac à main et découvre que son sosie s’appelait Elizabeth, vivait dans une belle maison et que son en compte en banque était bien rempli. Convaincue qu’il s’agit d’une occasion pour ramasser de l’argent pour après disparaître avec sa fille, elle prend la place d’Elizabeth. Elle s’apercevra non seulement que la vie d’Elizabeth était bien pire que la sienne, mais aussi que celle-ci était son clone, qu’il y en a beaucoup d’autres et surtout qu’il y a quelqu’un qui est en train de les tuer les unes après les autres. 

L’intrigue est vraiment passionnante, avec un très bon rythme et pas mal de coups de théâtre. Néanmoins, le point central de la série reste Tatiana Maslany, actrice canadienne très talentueuse qui joue à merveille plusieurs rôles. Un Emmy comme meilleure actrice ne serait pas du vol…
La série a conclu sa première saison avec 10 épisodes. Une deuxième saison a été commandé à BBC America. Hâte de voir la suite. 


mercredi 10 juillet 2013

Tragic Birthday to you (Partie 2) Odyssée à Lille

Hiver 2009, Lille.

S'il y a une chose que j'aime beaucoup de la ville de Lille c'est sa taille. Pas trop énorme, à mesure de tous et franchement très belle esthétiquement.  A chaque fois que je m'y suis rendu j'ai toujours passé des moments très agréables, surtout grâce à la présence d'amis qui habitent là. La dernière fois que j'y suis allé, le séjour a été plus mouvementé que d'habitude.

Deux semaines avant mon départ mes amis locaux, Romuald et Jérémie m'avaient proposé un week end chez eux. Enthousiaste, je réserve mes tickets de train et je me prépare pour un fin de semaine de bonne compagnie et de détente, comme à chaque fois que je vais chez eux.

Le jour J, je suis accueilli par les garçons à la gare de Lille-Flandre et on passe un après midi merveilleux. On fait un tour dans le centre-ville, on prend un café avec des amis communs, on rencontre une paire de saucisses (oui, les mêmes de l'article "Eloge de la saucisse lilloise", comme quoi le monde est vraiment une canette de thon) et après nous reprenons nos errance. Et c'est la, que Romuald me lâche la bombe. Nous avons une soirée et demie de prévue. En début de soirée, nous devons nous rendre chez un copain de Romu et Jérém pour l'apéritif. La soirée se poursuivra chez la meilleure copine de Romuald, Mado, qui, ce soir  là, fêtera son anniversaire. C'est à ce moment là que, comme dans les films d'horreur, j'entend dans ma tête une voix de petite fille qui chante une comptine macabre. Mais bon, je me dis, je suis loin de Paris, il n'y a pas de raison pour que le choses se passent mal à Lille. Si on raisonne en termes binaires, Paris=mal Lille=bien.
En tout cas, moi et Romuald nous filons chercher un cadeau pour Mado.



Première image aperçue par mon esprit à l'évocation d'une soirée d'anniversaire chez Mado


Qui est Mado? S'il y a un être sur Terre qui peut donner toute sa signification (grandiose et tragique à la fois) au terme FAP (Fille A Pédé), celui ci est bel et bien Mado. Accompagnée par un physique pas banal (rondeurs qui peuvent faire littéralement tourner la tête à tout hétérosexuel du Maghreb), un visage doux et mignon, une personnalité haute en couleur, Mado a rempli pendant des années sa fonction de FAP à la perfection. Toujours single après les 25 ans, toujours amoureuse de celui qui ne pourrait jamais la correspondre (un homo), mais qui sait la comprendre et la sortir à des fêtes où elle arrive à s'amuser, Mado est une personne avec qui ça passe ou ça casse. La nouveauté de cette année, c'est que Mado a trouvé un fiancé, un garçon arabe qui n'a pas encore quitté le pays et qui l'a demandé en mariage. Les amis plus intimes de Mado s'étaient mobilisés pour l'exhorter à faire attention et à se méfier. Mais elle, amoureuse et désespérée, deux états d'âme qui ne devraient jamais aller ensemble, n'avait écouté personne et avait décidé de poursuivre son projet. Elle était en mode Bridezilla (ou mariée à tout prix pour les ennemis de la langue anglaise).


Personne ne sait être FAP comme Mado. Elle a été formée dans les meilleures écoles suisses


Première partie de soirée - L'apéro, nous et Briian

Pour l'apéro nous sommes chez un ami de Romu. Malheureusement je ne me rappelle plus le nom, c'est pour cela que je parlerai de lui comme Nicolas.
Donc, Nicolas, ce charmant garçon, est le typique trentenaire avancé bien conservé, avec une belle maison, des beaux amis qu'il sait recevoir comme il faut, un travail fabuleux, qui fait des voyages de rêve et qui a un penchant pour les -23. Toute phrase prononcée de sa bouche est systématiquement suivie par des "Aaah" ou des "Oooh". Et je ne le dis même pas sarcastiquement, il est réellement intéressant.
A un moment donné, il y a un nouveau arrivé qui se présente aussitôt. C'est un garçon qui à œil nu ne doit avoir que 22 ou 23 ans, sportif, mignon, sur de lui. Il s'approche au groupe formé par moi, Romuald, Jérémie et notre amis Damien.
"Salut à tous, je suis Briian. Enchanté" il nous dit en nous serrant la main.
"Enchanté, Brian" je lâche.
"Non, ce n'est pas Brian, c'est Briian. Ça se prononce comme ça s'écrit en français" il dit tout fier. Il doit être habitué à revenir sur son prénom et montrer que c'est tout à fait original. Un peu comme ces gens qui achètent ces chiens au poil blanc et gris et aux yeux bleus et qui se font un malin plaisir de dire "Euh non, chéri, ce n'est pas un Husky. C'est un Saarlooswolf et ce n'est pas du tout la même chose!". Mais, hélas pour eux, au fil du temps ce jeu est tellement devenu usé que je n’arrive même pas à avoir l’air con.
«Et vous faites quoi dans la vie ? » il demande.
« Je travail en banque » répond Damien
« Dans les assurances » répond Romuald.
« A Disney et je.. »
« Disney ??!! Fort et tu fais quoi ? Mickey ? Minnie ? Blancheneige ? Hahahaha » il dit en coupant mon explication et en rigolant
« Allez, vas y, dis lui quel personnage tu fais » me taquine Jérémie.
« Aucun, je m’occupe de leur sites internet » je dis.
« Mouais, c’est ça, il n’assume pas…. » ricane Romuald.
Briian regarde Jérémie, qui n’a pas encore dit ce qu’il faisait. « Je travaille sur les trains »
« Nooon !!! Sérieux ?!! J’adore ça !!! » exclame Briian, content comme le pouceau qui a trouvé la cheerleader chaudasse qui veut sortir avec lui. Pendant 25 minutes il continue à poser questions sur questions au pauvre Jérémie qui avait toute autre envie que de parler de travail. Les trains c’est passionnant 2 minutes, mais après un moment ça peut gonfler certains.


sous ses air de bogosse, Briian cache une vraie philosophie de la vie basée sur l’analyse consciente des rapports dichotomiques entre un monde nouménal inaccessible à l’homme et un réel phénoménologique dans lequel tout roseau pensant digne de ce nom ne peut décemment s’épanouir. ça se voit, non?


Je fais un tour du salon de Nicolas, je regarde son frigidaire recouvert d’aimants portant le nom de chaque ville qu'il a visitée... Inutile de dire qu'il ne restait plus d'espace libre sur ce frigidaire à 2 peaux. Je parle un peu avec Damien et Romuald, je me gave de canapés (c'est mon point faible à chaque fête, je ne peux pas me contrôler; on m'a souvent reproché d'en tenir deux dans la main et d'en avaler un troisième...). Je ne m'aperçois pas du temps qui passe; mais à un moment donné j'entends la voix de Jérémie qui dit haut et fort: "Ecoute, les meilleures blagues c'est celles qui ne durent pas longtemps!" en direction de Briian. Je crois de rêver. Je crois que c'est la première fois que j'assiste à une chose semblable à de la rage sortir de la bouche de Jérémie, célebrissime pour son aplomb anglais. Woah, c'est un peu comme du champagne à une fête d'ex alcooliques.
Dix minutes après, nous étions en voiture en direction de chez Mado.


On l'a jamais vu, mais on a vite compris: quand Jérémie pète un câble ce n'est pas joli joli


Chez Mado - Hostilités en 20m2


Il est presque 23 heures lorsqu'on quitte l'appartement de Nicolas. Après vingt minutes de franche rigolade sur le dos du pauvre Briian, mais surtout sur le coup sec de Jérémie, nous arrivons devant un bel immeuble moderne. Belle entrée, beaux couloirs, bel ascenseur. Nous arrivons devant la porte de Mado et Romuald sonne. Elle nous ouvre toute contente et souriante. Il y a un petit fond musical dans la pièce. Nous rentrons et je constate instantanément deux choses:
- la pièce EST l'appartement
- Mado n'est pas seule


L'appartement de Mado est en réalité très modulable


Mignon et plutôt lumineux, l'appartement de Mado se résume à une petite pièce carrée (si la musique de fond avait été "living in a box" j aurais eu la preuve que Dieux existe et qu il est un metteur en scène sinistrement humoristique. Hélas non). Ce qui est mignon c est que la musique vient de la télé qui est connectée a un PC, qui envoie aussi un diaporama d' images de Mado et de son fiancé. Entre nous, je trouve qu'elle n a pas tiré le mauvais épingle du jeu... Pas mal du tout le Moustapha...
Mais, pour ce que je peux voir l invité de Mado n'est point Moustapha. C est un jeune garçon, qui, parait-il, est le meilleur pote de Moustapha. Il a l'air charmant, mais bon, c est un peu comme la règle des chats qui sont tous gris dans l'obscurité: lorsqu'on se tait on est potentiellement tous mignons et sympas.
Bientôt la pièce recèle de testostérone car Mado se retrouve toute seule entouré de tous ces mâles: son invité (que pour de raisons de mémoire défaillante j'appellerai Aziz), moi, Romuald, Jérémie, Damien, Nicolas et Briian.
A la première tentative de service de gâteau, il y a une bonne moitié de charlotte aux fraises qui finit par terre. Mado est un peu agitée. Aziz, en révanche, n'est pas agité du tout. Béni par la sagesse divine de son Maroc natale, il ne peut pas s'empêcher de parler tout le temps et 90% des fois pour lancer des jugements tranchants. A un certain moment, je ne comprenais vraiment plus ce qu'il racontait et malheureusement (pour moi) tout ce qu'il disait résultait comique. Il ne m'a pas râté.
"Et donc, toi, mon ami qui rigole tout le temps, t'es italien?" me demande Aziz sérieux
"Oui, je viens de Milan"
"Et j'imagine qu'ils t'ont donné la carte de séjour tout de suite, sans te poser des questions!". J'attend la rigolade. Elle n'arrivera jamais.
"ben, l'Italie fait partie de l'Europe, donc c'est plus facile"
"Oui, tout est facile pour vous, mon ami!" me dit avec un amertume déstabilisant.


Le charmant invité mystère de Mado


Mado nous sert du champagne et j'ai malheureusement Briian à côté de moi qui veut trinquer avec une bouteille de bière. Or, le pauvre garçon ne sait pas parler et doser la force au même temps, donc il fait exploser le verre entre mes mains. Je reste avec une jambe de flûte de champagne et les pantalons mouillés. Aziz regarde la scène avec dégoût, comme si on était en train de manquer de respect à notre hôtesse. Pour un instant j'ai la sensation qu'Aziz m'à lâché les baskettes, car il est en train de repliquer toute pensée exprimée par Romuald et Nicolas. Damien s'assoit à côté de moi et je ne peux pas m'empêcher de lâcher un: "Ce n'est pas possible!"... Damien me sourit et cela ravive l'intérêt de Aziz.
"Pourquoi tu rigoles mon ami?" dit il en me regardant dans les yeux.
"Mais rien, je parlais avec mon ami Damien" je dit un peu exaspéré.
Au même temps je me sens mal pour Mado qui est en train de faire de tout pour que la soirée marche, malgré Aziz. Donc, dans le but de faire plutôt plaisir à elle, j'ai la "bonne idée" d'instaurer un dialogue avec Aziz.
"Et tu viens d'où, Aziz?"
"Qu'est ce que tu me dis??!! ça fait combien d'années que tu es en France??!!" il me dit d'une façon très hostile
"Ben, pourquoi, quel est le rapport?"
"Reponds! Car avec un accent pareil tu dois être arrivé hier!" il me dit sans me lâcher du regard. Je me sens tout rouge et nul. Je me sens comme une pièce défectueuse dans une usine où la perfection est dans tous les détails. Mais malgré ça, malgré le fait que je me sens un peu humilié, il y a un effet complètement imprévu qui me frappe. Trop conscient de l'absurdité de cette situation, c'est à dire le fait d'être repris sur le français par un mec qui parle français très mal, j'ai un attaque de fou rire. J'ai l'estomac qui me fait mal, je me pince pour m'arrêter et je baisse la tête pour ne pas me faire découvrir. Je fais semblant d'être vexé et de ne plus vouloir parler, mais tout ce que mon être veut s'est d'exploser dans un rire qui est en train de me tuer. Dans ma tête je prie que cette soirée passe vite.
Mado propose qu'on sors tous en discothèque. On fait tous mine d'être fatigués. Je vois Romu qui nous regarde et qui nous fait un signe de commencer à récupérer nos choses.

"Allez les garçons, vous n'êtes pas sympas là, c'est mon anniversaire et moi je veux aller danser!! Aziz, allons y!"
"NON, je ne veux pas aller avec des gens comme ça" il dit en me pointant du doigt. "Des gens comme lui qui ne s'arrêtent pas de se moquer de moi!!" il dit en disparaissant dans la salle de bains.
Mado me regarde un peu perdue et moi je dis: "Je suis vraiment désolé, je ne sais pas ce que j'ai fait"
"Non, ne t'inquiète pas, il a bu, il est comme ça" me dit Mado d'une voix douce et perdue.
Nous rentrons dans la voiture de Romuald, frappés par le froid du vent du nord.
"Bon, on va danser?" lance Romuald. "La Chuca doit être bien bondée ce soir"

lundi 8 juillet 2013

Tragic birthday to you

Première Partie

S'il y a une chose que j'essaye d'éviter comme les crêpes au Nutella en temps de régime, c'est les anniversaires au féminin. Non, mesdames, ce n'est pas une position misogyne fine à elle même, c'est juste la volonté de se soustraire à des situations compliquées qui surgissent à chaque fois que je participe à ce type de célébration chez des copines.
Qui pense que certains événements sont purement dictés par les lois du hasard, à mon avis se met le doigt dans l’œil. Y-a-t-il un vrai hasard dans la vie ? En ce qui me concerne, je penche plutôt pour la bonne, vieille et rassurante théorie du kaos…  Arrêtez de froncer les sourcils, le kaos est plus fun.
Pour revenir à nos moutons, les anniv des copines et des copines des copains se sont récemment révélés des environnement idéaux pour la mise en scène de tragédies.



Tu veux une coupe de champagne? Ah, aux faites, tu ne sortiras pas vivant d'ici. Enjoy!! 


Hiver 2008, Anniversaire de Jennifer – Place de la Bastille – Paris.

Je regarde nerveusement ma montre. Nous sommes passés d’un retard élégant à un retard inutile.
« Alors, t’as fini ?? » je dis, en m’adressant à Giuseppe.
« Encore un instant, j’ai n’ai toujours pas fini de me mettre du blanc sous les yeux !! » il me dit d’une voix sèche. Il est en train de trafiquer devant le miroir de ma salle de bain.
« Depuis quand ressens-tu ce besoin de te maquiller, dis-donc ?! »
« Ben, tu ne connais pas les copains de Jennifer ! Ils ont tous entre 20 et 25 ans, c’est des vipères et ils sont tous très maquillés… pourquoi pas moi donc ? »
« Parce que t’as 45 ans peut-être ? »
« Et donc rien à foutre ». dit-il d’un air qui veut dire « la ferme ».

Jennifer est une copine d'une beauté époustouflante qu’on a connue il y a quelques années à Disney, à une époque où on était plus jeunes, plus heureux et plus inconscients. On sortait pratiquement tous les soirs (lire trajet Marne-La-Vallée à Paris) pour rentrer le lendemain matin complètement saoules, crevés et prêts pour une nouvelle journée de travail. Après le départ de Giuseppe et Jennifer de Disney, ça a été plus difficile de répéter ce genre de soirée. Jennifer s'était transférée à Paris où elle s'était constituée une court de jeunes hommes 10 ans plus jeunes qu'elle, tous beaux, tous plus ou moins aisés et tous gay.
Cet année là, Jennifer, n'étant pas allée fêter son anniversaire de l'autre coin du monde, avait décidé de faire une fête chez elle, dans son appartement à Place de la Bastille.

On arrive devant le bâtiment de Jennifer, on compose un premier code, on traverse une petite court et on recompose un deuxième code. Et après 5 étages à pied. Déjà du rez-de-chaussée nous entendons les hurlements déchainés des jeunes paons qui dansent dans l'appart de Jennifer. Nous arrivons au moment où la fête est déjà bien déchaînée. La porte de l'appart n'est même pas fermée.
"Giutzeppeee!! Marrrcoo!!! je suis troooop contente que vous soyez arrivés!!!!!" nous accueille Jennifer, presque nue. C'est vrai qu'un rien l'habille, mais là elle ne porte presque rien.
A l'entrée nous voyons au moins une vingtaine de gens qui mangent, boivent, dansent, rient à haute voix et la musique (Prodigy) est à un volume incroyablement haut. "Venez, je vous présente Marta, une de mes meilleures copines" Jennifer nous dit en nous traînant par la main. "Marta, voici mes amis Giutzeeeppe et Marrco"
"Holaaa" nous crie Marta en nous serrant.
"Un autre âme tranquille" me dit Giuseppe à l'oreille. "Yé voush presssente mon mecc" Marta nous dit. Elle prend par la main un garçon qui nous donnait les épaules. "Willy, ye te pressente Giuseppe y Marrco".
Et là nous avons une vision. Directement de la plus belle couverture de Vogue Homme, le mec le plus sexy de la planète nous donne la main. Moi je reste la bouche bée et Giuseppe me regarde tout aussi ébloui par cette vision céléstiale. Jennifer capte nos regards et rigole: "Eh je sais les garçons, mais il est fou amoureux de Marta!!" et repart en rigolant avec sa bouteille de bière. Moi et Giuseppe nous restons quelques secondes en silence et après je me jette dans la conversation: "ça fait longtemps que vous êtes ensemble" je demande.
"ça fait deus anss" Marta me répond.
"A tous les coups il a une petite bite" me dit soudain Giuseppe à l'oreille en regardant Willy.
"Oh ye t'assure que non!!! vilaiin, hahahhahhah" répond Marta complètement bourrée, mais n'ayant pas perdu une seule miette de ses facultés auditives.


Copie en laid de Willy, le mec hétéro qui a fait fondre les coeurs de tous...


Portrait presque precis de Marta, la copine de Willy.



Trois garçons s'approchent de nous. Auraient-ils eu des cheveux droit et verticaux on aurait pu penser aux Tokyo Hotel. Mais non, il n'y a qu’un lourd maquillage très prononcé sur toute la figure.
Giuseppe me regarde et me dit: "Je te présente les trois "ANS". Gaétan, Jonatan et Sylvain" me dit en forçant sur les nasales. Les trois garçons, grands et hyperminces me donnent la main avec une grâce à faire pâlir une danseuse d'étoile. Dans ma simplicité je me sens étrangement exotique.
Ils ont l'air distant, comme s'ils sentent de ne pas appartenir à ce monde. Probablement c'est le cas.


Sosies de Jonatan et Gaétan. Une vie vouée à la lutte contre les doubles pointes et à diffusion de la parole de Séphora.


Une main se pose sur mon épaule: "Il m'a semblé te reconnaître, italien de Disney!"
Je me tourne et je vois le visage magnifique et sexy  de Guillaume, ce magnifique grand beau brun, lui aussi d'une beauté parfaite, presque irréelle. On s'était connus un an auparavant à une autre fête, on avait bien sympathisé mais comme il habitait à Genève c'était pas facile de se croiser à Paris.
On se parle un petit peu, après, on s'éloigne. Lui aussi il a repéré  Willy, le fiancé de Marta. Et comme Guillaume est un peu loin du prototype des gays "too much" de cette fête, je suis sur que Willy ne sera pas réfractaire à un dialogue avec lui.

Plus le temps passe et plus la fête semble dégénérer. L'alcool coule par rivières et les gens commencent à faire n'importe quoi; comme d'habitude c'est Giuseppe qui donne le mauvais exemple. Il commence à sautiller à droite et a gauche, a faire du bruit partout et les jeunes dindes de la fête semblent être transportées par ce tourbillon de folie. Quelques minutes après je vois un bon groupe de gens (Giuseppe toujours en tête) devant les fenêtres qui donnent sur la boulevard. Je ne crois pas à mes yeux: ils sont en train de balancer des morceaux de gâteau au chocolat sur les passants. Je me précipite à la fenêtre et je prend Giuseppe par un bras.
"Mais t'es complètement fou?? Tu veux mettre Jenn dans la merde??" je lui hurle à la figure.
"Ben, qu'est ce qui t'arrive? Ton bellâtre t'a lâché?" il me dit en me regardant droit dans les yeux.
"ça n'a rien à voir, mais balancer des trucs par la fenêtre c'est nul et dangereux" je dit patiemment. Il est complètement saoul.
"pfff, on s'amuse" il me dit "je vais chercher quelque chose à manger" il me dit en allant en direction de la cuisine.
"Youpiiiehhh!!! J'ai presque eu la blonde au manteau blanc... elle a hurlé comme une poule" crie Jonatan d'à côté de la fenêtre. "ah, tiens, passe moi ce goblet" il dit à Gaétan, à côté de lui.


Méfiez-vous de son aspect innocent: en réalité c'est une source à problèmes, et pas que pour la ligne!


Deux minutes après trois mecs costauds font irruption dans l'appartement de Jennifer.
Giuseppe qui se trouvait entre la cuisine et les fenêtre (et qui accessoirement est très attiré par les mecs méga costauds) se dirige vers le premier mec telle un moustique devant un néon électrocuter.
"Et toi t'es qui? " il lui demande en le fixant dans les yeux.
A quelque mètre de distance je vois le bras du mec se soulever et planter une baffe sonore sur la joue de Giuseppe. Je vois mon ami retracter de quelques centimètres et s'assoir silencieusement sur une chaise, la main à la joue frappée. Quelqu'un a coupé la musique.
"C'est qui qui balance de la merde de la fenêtre?" demande le mec qui a frappé Giuseppe.
Un garçon qui n'avait rien à voir avec les actes du groupe des "ANS" et de Giuseppe essaye de parler
"Nous vous demandons pardon, mais on a un peu bu et..." SCHLAK! Une baffe part sur le visage du pauvre mec. Avec la queue de l'oeil je vois de gens qui filent en pointe des pieds se renfermer dans les toilettes.
"C'est toi, n'est pas?" dit le grand mec en fixant Jonatan à côté de la fenêtre,  avec mépris. "Allez, jette moi quelque chose, là" lui dit, avec un air de défi. Il fait deux pas lents en direction de Jonatan, qui ne sait plus où regarder.
"Je ne voulais pas..." il commence à dire et sans qu'il puisse finir sa phrase le mec lui donne un gifle monumentale à la figure.
"Je t'emmerde" lui dit le mec, tout doucement. "A qui c'est cet appartement?" il demande à voix haute.
Jennifer se fait avant, l'air pas trop impressionné.
"L'appartement est à moi et vous êtes priés de sortir" elle dit en s'avançant doucement vers le mec.
Le mec a l'air un peu perdu; peut-être qu'il ne s'attendait pas à ce que le proprio soit une femme. Et une femme qui n'a pas peur de  lui. Il esquisse un sourire de travers.
"Peut être qu'on n'en a encore pas fini ici" il dit en la fixant.
"Comme vous voulez. Tandis que vous entreteniez mes invités j'ai passé un appel juste en face, au Barrio Latino. Deux gardes de la sécurité qui sont des amis proches sont en train d'arriver. Nous verrons si tu arrives à leur placer des baffes à la figure comme tu sais si bien faire avec des gens plus petites que toi". Dit Jennifer en le regardant fixe dans les yeux. Pendant quelques secondes les deux ne se quittent pas des yeux. L'ami derrière le costaud, qui est resté immobile tout le temps touche l'épaule de son pote : "Allez, on pars" lui dit.
"Ouais, on va partir" il dit, sans quitter Jennifer des yeux. Il fait demi tour et il suit son ami dans le couloir. Quelqu'un se précipite à fermer la porte à clé.  La porte de la salle de bain s'ouvre et 4 mecs sortent.
Quelques minutes après la musique repart.  Comme par hasard, l'atmosphère est beaucoup plus calme .


Jennifer, une hôtesse pas comme les autres


Je vais voir si Giuseppe va bien. Il a la moitié droite du visage bien écarlate.
"ça va" il me dit. "trop sex ce mec" il rajoute calmement.
Je ne suis pas surpris.
"T'es un cas à étudier, toi" je lui dit en le tapotant sur l'épaule. "On s'en va?"
"Oui, il vaut mieux" il me dit.
On veut dire au revoir à Jennifer, mais elle est occupée à rouler des pelles à un mec qu'on a pas vu en arrivant.
Giuseppe, avec beaucoup de grâce hurle "JENNIFER nous on s'en va!"
Jennifer plante le mec sur place et nous rejoint. "Merci d'être venus les gars!! "
"Merci à toi de nous avoir invités" je dis à Jenn.
Giuseppe ne dit rien."ça va aller?" Jennifer demande à Giuseppe.
"Pff, si tu savais, ça c'est n'est rien! Dans ma vie j'ai fait et subi pire que ça" il dit "la seule chose c'est que maintenant j'ai trop envie de coucher avec ce mec là"
Jennifer le regarde sans trop comprendre. "Mouais, bonne nuit Giuseppe." lui dit en l'embrassant.
"Raccompagne-le, il vaut mieux" Jennifer me dit. On s'embrasse et on s'en va.

Dans la rue il fait froid. Giuseppe me semble moins calme, il redevient presque euphorique. "C'était fort, tout de même non? L'année prochaine on reviendra avec une boîte de brownies!"



Fin de la première partie

dimanche 7 juillet 2013

LA MALEDICTION DE SERAPHIN Vol.3

Parfois ils reviennent. C'est un peu comme les virus de saison: une fois partis on n'y pense plus, on arrive même à penser que le corps a eu tout le temps et tout le loisir de créer ses défenses immunitaires. Mais non. Que nenni! Malheureusement, nous avons chaque jour la preuve que la vie n'est qu'une suite de fautes de jugement, de faux espoirs, de deuxièmes chances mal données. Je me demande, dans quelques moments de lucidité, à quel point nous "imprimons la leçon". J'avoue, pour ma part, que dans les relations humaines, j'ai beaucoup de mal a faire trésor de mon vécu.

Dimanche, 9 janvier 2011 - 16h30 - 3 heures avant la soirée LIM

"Marco, t'es chiant, tu viens et basta!" hurle David au téléphone.
"David, j'ai vu la liste des invités sur Facebook et franchement je n'ai pas envie de montrer ma gueule dans un endroit où la moyenne d'âge est de 22 ans... Je sais déjà que je me ferai royalement chier. "
"Ça c’est des excuses à la noix! TU.VIENS.ET.BASTA! Je t'attend chez moi cet après-midi donc commence à te préparer!"
« Mais mon lit… ! » je dis en regardant mon lit sans lattes et avec la barre de la structure centrale complètement arrachée de sa base. J’avais passé mon après midi avec des cordes et du scotch à cartons à essayer de recomposer la structure de mon lit. 
« On s’en fout de ton lit ! Franchement tu devrais en acheter un nouveau !!! Je te laisse, je vais me préparer et t’as intérêt à être prêt dans 2 heures !! Ciao ! » … Bon, ok… 
Une heure après, mon lit ressemblait à quelque chose (toujours pas à un canapé-lit, mais au moins ça se tenait debout).  J'étais devant la page de Facebook de la soirée LIM. Je regardais les têtes de toutes les gens qui avaient répondu "oui" à l'invitation. En regardant les visages des Jean-Christophes, Armandos, Frédéric-Yves, etc, je me demandais ce que j'allais foutre là bas. 
Puis, une idée (j'avoue) machiavélique me baleina dans la tête. Pourquoi devais-je être le seul déprimé de la soirée? En moins de deux minutes, j'avais convaincu mon ami Giuseppe à se joindre à la soirée. 


Moi au téléphone avec David au moment où il me propose d'aller à une autre LIM


19h30 - Entrée à la soirée LIM

A notre arrivée, Giuseppe était déjà énervé. 
« Encore 5 minutes et j’allais partir !  Marco, t’es totalement incapable d’être à l’heure, c’est vraiment plus fort que toi !» criait Giuseppe. 
« T’inquiète nous y sommes ! De plus, les autres devraient déjà être à l’intérieur ». je disais avec un petit sourire dans le coin.



Les garçons de la LIM sont des gens très simples et humbles. Ils arrivent presque à te voir même si t'as pas d'abdos


Devant le vestiaire il y avait une table avec plein de stickers arborant des fantastiques pseudos (du genre : folle, hyène, PQ, Madonna, hystérique, coquin). J’ai pris un « Fripon », je l’ai collé au T-shirt et je me dirigeais vers le vestiaire pour déposer mes affaires. 
Après avoir descendu un long escalier, nous arrivions dans la discothèque, qui, vue l’heure, n’était pas encore pleine. Retrouver nos amis Giacomo et Walter fut plutôt facile. 

4 shots de tequila après, j’étais aux anges pour diverses raison : 
- la discothèque était bondée 
- la populace était moins physiquement menaçante de ce que je croyais. 
- je m’amusais avec mes amis.

D’habitude, à chaque fois que je sors dans ce genre d’endroits, il y a un moment (pas très long) de tristesse profonde, où je me demande pourquoi je suis toujours seul dans la vie, pourquoi je ne peux pas être aimé par les gens que je voudrais qui m’aiment et tout un tas de choses chiantes que je vous épargnerai ici. Eh ben ce soir là ce fut l’exception ! Je n’avais pas de complexes, pas de regrets, je ne pensais qu’à m’amuser et à jouir de la compagnie de mes amis. 
Après des danses déchaînées sur la piste, sur les tables et  sur toute surface qui pouvait tenir un poids moyen, David et moi nous avions pris le courage de partir. Toutefois, une queue d’attente inimaginablement longue s’était formée devant le vestiaire. 
« Marco, il vaudrait mieux aller danser encore un peu, de toute façon il y a trop de monde là » David me dit. 
« Bon allons y »

On était de nouveau sur la piste quand, bousculé par une dinde de 20 kilos à tout casser, je suis tombé dans le bras d’un beau barbu charmant.
« Pardon ! » je disais à ce bel étranger,  gêné
« Non, t’inquiète, tout va bien » il me répondait. « ça va, tu t’amuses ? » il me demanda. 
« Oui, beaucoup » je répondis en rougissant. 
Deux secondes après je l’avais reconnu. Ce n’était pas un visage nouveau. Mais alors pas du tout ! 

[Flashback] – Paris, 8 mai 2008 15h30

J’ai pris ma journée. D’abord parce que j’ai encore plein de congés avant la fin du mois. Et après parce que ce soir c’est le concert de Kylie Minogue à Bercy. Oui, ça justifie pleinement une journée de congé. J’assume.
Entretemps, après avoir fait un peu de ménage dans l’appart, je me mets un peu sur le net. 
Beep beep swoosh. ! Quelqu’un vient de m’envoyer un message. 
« Salut, ça va ? »
« Ça va bien merci et toi ? » je réponds. 
« Très bien, merci. Ça te dirait de venir prendre un café chez moi ? »
Eh ban, il est en besogne le keum… J’aime bien ses photos, il me semble bogosse. Trentaine, barbu, poilu, c’est bien dans mon target. Est-ce une bonne raison pour y aller comme ça, sans savoir qui c’est ? Ce n’est pas peut être ce qu’il y a de plus prudent. 
« Ok, j’arrive dans 20 minutes » je tapote rapidement. La Victoria Silvstedt qui sommeille en moi elle bien réveillée aujourd’hui. Tant pis. 

Une demi-heure après je suis devant la porte du mec du net. Je frappe timidement et un mec qui semble à peine sorti du lit m’ouvre la porte. Ben c’est bien lui, pas de doutes. Certes que sur les photos il avait l’air un peu plus reposé. 
« Entre, je t’en prie » il me dit d’un air jovial. 
« Merci » je dis en traversant l’entrée. 
« Ah, t’as un petit accent » il me dit tout calme, tout zen, tout heureux. Je sens une odeur encens. 
« Oui, je suis italien, je crois que j’ai gardé un peu d’accent » je réponds. « Marco » je dis en tendant mon bras, ma main bien ouverte vers lui. 
Il me serre la main.

Qui est Sacha? Une question que même les membres de sa famille ne cessent de se répéter, car comme Snoopy, Sacha a 10000 vies. Ici il est ascète en Inde


« C’est charmant. Moi c’est Sacha. Suis-moi » il me dit en traversant un petit couloir qui mène à une chambre. 
J’arrive dans une pièce de 10m2 environ. Une petite porte donnant sur une terrasse fait rentrer la lumière du soleil. La chambre n’est pas très remplie de choses : il y a une petite table, 2 chaises et le reste est tout par terre. Des piles de livres, 2 lampes (dont une lampe lava), une chaîne stéréo et un matelas avec des draps ornés avec des motifs arabesques. Il me propose à boire et je prends un verre d’eau, tant la chaleur est forte à l’extérieur. Il me fait assoir sur le matelas et lui il s’assied pas trop loin. On commence à parler de ses voyages, des milles endroits qu’il a visités, de ses moultes origines (juives, italiennes, marocaines et autre). Il est finalement très agréable et cultivé, l’impression est plutôt bonne. 
« Et, si ce n’est pas indiscret, tu fais quoi dans la vie ? » je demande, maintenant à l’aise.
« Je travaille dans une agence immobilière… mais ce n’est pas pour moi, j’ai démissionné la semaine dernière »
« hmm, je ne sais pas, probablement un autre voyage ». Il me dit. Il y a un moment de silence. 
« Tu fumes ? » il me demande. 
« Non, je n’ai jamais fumé ». 

Le passe temps préféré de Sacha.

Je vois qu’il ouvre une boite et qu’il sort un méga pétard, des dimensions d’un würstel. Je dois avoir un peu écarquillé les yeux, style un faisan devant une magnum 44, car il sourit et il me demande : « T’as jamais fumé de ça non plus ? »
« Non, je n’ai jamais fumé rien de ma vie » je dis en souriant à mon tour. 
« Tu veux essayer ? ». 
La drogue c’est mauvais, on le sait tous. Et, qui plus est, le tabac ça ne m’a jamais intéressé. En plus, se droguer dans l’appart d’un inconnu, ben, c’est vraiment la chose la moins recommandable à faire.
« Ok, pourquoi pas » je réponds. Victoria est toujours là…
Il me passe le canon et je tire deux coups. Rien. Je le lui repasse et il tire à son tour. Lui il semble encore plus de bonne humeur. Il me repasse sa grosse cigarette corrigée et j’inhale encore deux fois. Encore rien. C’est comme ça que j’ai compris que le shit ne me fait rien du tout. Je ne me sentais ni plus détendu, ni plus gai… seulement un peu frustré car.. Ban, moi je voulais de l’action et Sacha était ailleurs. Il a l’air bête. Il sourit bêtement, mais il est vraiment mignon.  Soudain, je décide que si rien ne se passe dans le 5 minutes suivant, je rentrerai chez moi. Je n’ai pas tout l’après midi !
Finalement, comme par enchantement, il s’approche de moi et il m’embrasse. Ce qui a suivi était une série de bonnes surprises et de fun. J’ai quitté son appart vers 17h. 
Je suis arrivé un peu en retard au rendez-vous avec mes potes pour le concert de Kylie, mais ça en valait le coup. 

[Fin du Flashback]

Dimanche, 9 janvier 2011 - 23h30 - 3  soirée LIM

Je continue à danser avec mes potes mais Sacha est toujours à côté de moi. 
« Ça fait très longtemps que je ne participe pas à une chose pareille » il hurle dans mon oreille.
« Tu ne sors jamais, Sacha ? » je lui demande
« Non…( ??) Mais comment connais-tu mon prénom ?! »
« Eh ban, on s’est rencontrés il y a longtemps… tu vivais à côté de Charonne… »
« Mince, oui ça date !!! »
« Oui, c’était le 8 mai 2008 ! » je crie. 
« Mais comment te souviens-tu de la date ???!!! » il me dit, l’air très étonné. 
« Parce que ce jour… parce que j’ai une bonne mémoire » je dis, en souriant. Je pense que le concert de Kylie Minogue  comme point cardinal de ma vie ça ne fait pas trop viril dans. 
« On va se mettre dans un endroit un peu plus tranquille ? » il me demande en approchant sa bouche de mon oreille. 
« Viens, là ça m’a l’air plus tranquille » je lui dis, en indiquant des fauteuils plus éloignés de la piste, en proximité de la sortie. La queue d’attente n’avait pas diminué, au contraire, elle n’avait pas cessé de grandir. 
On s’assoit sur le fauteuil. Sacha me sourit timidement et me dit : 
« Je n’étais plus du tout habitué à tout ça. En tout cas je suis désolé de ne pas me souvenir de notre rencontre, même si ton visage m’est connu ». Il est visiblement embarrassé. 
 « Mais non, t’inquiète, je comprends, c’était il y a longtemps » je lui dis. Même si je trouve complètement bizarre de ne pas reconnaître quelqu’un avec qui j’ai couché. Bref. 
« Euhm… pourrais-je… t’embrasser ? » il me demande tout timide. 
Ban, il était temps ! je croyais devoir attendre la retraite… Je fais signe (oui) avec ma tête. Il s’approche lentement et pose délicatement ses lèvres sur les miennes. Ok, c’est un romantique. Pas mal, je me dis. 
« C’est quoi tes programmes pour la soirée ? » il me demande, juste après. Je regarde ma montre et je vois qu’il est déjà 23h30. 
« Euh, en réalité je dois rentrer. Demain je me lève tôt. » je lui dit, en faisant la moue triste. 
« Ah, ok » me dit l’air un peu déçu. Il se lève pour m’accompagner à un vestiaire et un gros homme sur la 50 mal portée s’approche de nous et commence à parler avec Sacha. 
Après quelques secondes Sacha me le presente . 
« Marco, lui c’est Oscar». Oscar s’approche de moi et me serre la main. 
« Enchanté, moi c’est Marco ». 
Quelques minutes après, en récupérant ma veste, il me raconte que Oscar est une célébrité d’un petit écran et qu’il s’occupe d’une émission de déco, puisque lui-même est un designer très recherché. 
« Son appart est vraiment très grand et il est proche de l’Arc de Triomphe. Pour ma part je n’aime pas la déco, c’est un peu trop  excentrique pour mes goûts, mais bon, il faut reconnaitre qu’il a des beaux volumes ». 
Avant de partir, on s’échange le numéro de téléphone, on se dit qu’on s’appellera dans la semaine et moi je m’en vais dans la nuit. 

Lundi, 10  janvier 2011 - 16h30 – Locaux Dior,  rue de Téhéran, Paris

Je suis un train de travailler quand soudain je reçois un appel. Le numéro ne me disait rien de particulier. Je réponds et j’entends la voix de Sacha. Je me lève illico de ma chaise et je fonce vers la cage d’escaliers. 
« Comment va ta journée ? » 
« Ça va très bien, merci, Sacha. Et toi ? »
« Ça y est, j’ai trouvé du taff. Depuis que je suis rentré en France (il y a 4 jours) j’ai un peu du mal à trouver. Mais bon, j’ai trouvé un petit job comme vendeur au Printemps de Nation »
« Génial » 
« Et si ça te dit, on pourrait diner ensemble mercredi soir… qu’en dis tu ? » il me propose. 
« Ok, volontiers, c’est une bonne idée, on se capte mercredi dans l’après midi pour confirmer et convenir d’un lieu et de l’heure » je dis, enthousiaste. 
« Ça marche. Je t’embrasse »


Mercredi, 12  janvier 2011 - 20h30 – place de la République, Paris


C’est une soirée plutôt douce pour la saison. Sacha et moi nous avons convenu d’un rendez vous ici car c’est assez proche de Nation et après c’est pratique pour lui au moment de rentrer. 5 minutes après mon arrivée, Sacha apparait en face de moi, grand, beau, bien habillé avec un costume gris et un manteau élégant gris. On se dit bonsoir, on s’embrasse sur les joues et il me pose la question fatidique : « On va où ? »
Bizarrement j’ai un excès d’assurance de moi même. Ce soir j’ai envie d’avoir confiance, je sais que PEUX oser. Il est peut être venu le temps de détruire un mythe. 
Je souris. 
« Suis-moi » je lui dis, en souriant.
Quelques minutes après nous nous retrouvons assis à une table de chez Séraphin.

Mercredi, 12  janvier 2011 - 20h45 – Chez Séraphin

Nous sommes assis à une petite table, face en face. Sacha se regarde autour de lui
« Sympa cet endroit » il me dit. Je ne répond pas à ce commentaire, mais je me limite a sourire. Il n’y a pas beaucoup de monde. 
« Alors, félicitations pour le job » je lui dis. 
« Merci, mais je pense que je ne le garderai pas… je m’ennuie » il me dit d’un air douteux. 
« oh… » J’exclame surpris... « Es tu sur ? Car, bon, tu m’avais dit que c’était dur de décrocher quoi que ce soit ici… »
« C’est vrai ! C’est ça la France ! » il dit d’une voix un peu haute. Ça y est, je pense. Pétage de plomb, détraquage, répulsion et disparition… l’évolution naturelle de tout être vivant ayant mon intérêt à l’intérieur de ce lieux satanique. « Nulle part ailleurs, tu as des mentalités réactionnaires comme ici !!! moi j’ai voyagé dans le monde, j’ai travaillé à l’étranger et quand je cherchais des jobs ça s’est passé toujours bien ! En Suède, par exemple, lorsque tu dis que t’as eu des expériences professionnelles dans d’autres pays, de suite ils sont très impressionnés. Alors qu’ici ils te snobent, et même, ils considèrent que t’as pas travaillé ! » 
« Mais bon, dans tes voyages, t’as aussi travaillé pas mal en France, non ? je veux dire, quand on s’est connus je me souviens que t’avais un travail fixe, non ? »
« Ah, j’en ai faites des choses depuis » il dit tout content « j’ai même lancé ma propre activité »
« Sérieux ? T’as fait quoi ? »
« J’ai ouvert un cabinet de voyance ». 
AH ! 
Première tare, je me dis. 
« Ah… t’es voyant ? »
« Oui, absolument »
« Mais comment ça se passe ? T’arrives à provoquer ça ? » je demande, intrigué. 
« Oui, j’ai des FLASHS » il dit, tout sérieux et fier. 
« Comme ça ? Sur commande ? » je demande de façon neutre, à masquer mon air sceptique.
« Il faut que je fasse un gros effort » il répond. 
« Mais tu vois aussi des choses… graves, tragiques, horrifiques ? » je relance
« Non, ça je bloque ! » il dit. Je commence à sentir qu’il fatigue et qui me prie, silencieusement, de changer de sujet. Ce que je fais promptement. J’ingurgite une gorgée de Coca Zéro et je souris, en le regardant bien dans les yeux. Pff, il est beau, même si bizarre. 

« En tout cas je suis content de te voir » il me dit en souriant. 
« Moi aussi » je réponds sincèrement. 
« C’est rare de trouver des gens qui ont envie de connaître vraiment les autres. En tout cas à Paris c’est très rare »
« Complètement d’accord avec toi » je confirme. « On est toujours en mode « conso rapide » et basta »
« Et c’est dommage ! En tout cas ça me fait plaisir de t’avoir rencontré de nouveau »
« Merci, c’est la même chose pour moi »

 Je sens la confiance revenir et soudain je décide de jouer les cartes découvertes avec Sacha. 
« Je ne croyais pas possible d’avoir  une conversation agréable ici. Avec qui que ce soit » je dis calmement. Du coup je réalise que je suis en train de marcher sur un terrain glissant. 
« Ah bon ? Qu’est ce que tu veux dire ? »
« Ok, d’abord il ne faut pas que tu penses que je suis fou. Mais bon, ce lieu même, ce restaurant à été toujours quelque peu néfaste pour mes rencontres » je dis les yeux sur mon Coca Zéro.
« C’est marrant, raconte ! » me dit Sacha en souriant 
Et pendant une demi-heure je lui raconte toutes les histoires connexes à ce lieu et il paraît amusé. Bon, tant mieux. 
A la fin de mon récit, il me dit : « Ben, il faudra briser cette malédiction, non ? »
« Ouf, j’attendais cette demande » je réponds. 
Il y a peux de moment dans la vie où je me sens comme Lana Turner devant quelqu’un qui la désire et qui est désiré au même temps. Celui-ci en est un.
Il y a comme une forte tension sexuelle dans l’air et je ressens le besoin de calmer le jeu. Même si je déteste cet endroit, je n’ai pas envie non plus de partir d’ici escorté par les gendarmes.  

« Et donc, tu reviens d’un long voyage ? » je demande en passant du coq à l’âne. 
« Oui, ça a duré deux ans » il me répond. 
« Où ça ? »
« J’étais en Inde. Deux ans sur une montagne solitaire. J’ai vu très peux d’êtres humains en deux ans ». 
AH !
Deuxième tare. 
Avant que je ne puisse former des pensées concrètes dans ma tête il prend ma main, sous la table. Elle est chaude. 
Il me regarde intensément droit dans les yeux et il me dit : »J’ai très envie de toi ». Il n’est que 21h30. Soudain je suis pris par la panique. Avant de penser concrètement quoi répondre à cette affirmation il y a trois choses que je visualise dans mon cerveau : 

1. Ce mec a passé 2 ans sur une montagne sans voir personne. 
2. Il n’a pas baisé depuis 2 ans
3. Je viens de reconstruire mon lit. Avec des bouts de scotch. 

C’est la panique totale. Je souris nerveusement. 
« Merci ». Trop original,  je ne pouvais pas faire mieux. 
Soudain il y a un silence qui gène… « Euh, je t’en prie » il me répond, un peu déçu par mon ‘merci’.  Faux pas ?  Il faut que je m’en sors bien, Sacha est quelqu’un de bien et jusqu’à là il a bien résisté à l’épreuve Séraphin. 
« Moi aussi, pour tout te dire… » j’ajoute. 
« Super ! Tu fais quoi après ? T’as faim ? Moi non ! Voltaire n’est pas trop loin d’ici ! »
Voilà, ça y est ! Ça avait l’air trop beau, je me disais. Pour une fois que je veux prendre mon temps et connaître bien la personne (et accessoirement protéger mon appartement)…

Présage funeste d'un éventuel passage de Sacha chez moi


« Malheureusement il y a quelqu’un chez moi » je réponds à sang froid. « Ma copine Sabrina est en train de déménager et donc elle reste chez moi, le temps que son appartement soit prêt. »  je rajoute. Souci du détail je rajoute le prénom de ma copine. Internement, je suis abasourdi par la facilité que j’ai mis à produire tel mensonge. 
« Ah dommage » il me dit. « On trouvera une façon de nous voir » il me dit confiant, un large sourire aux lèvres et en hochant de la tête, style «je te ferai passer un bon quart d’heure, mon grand…»
Je suis confus : soit il a très faim et donc a besoin de « consommer » (au même temps, 2 ans d’abstinence je comprends), soit je l’intéresse vraiment. 
La soirée s’achève sur une note mitigée, chacun prenant son métro pour rentrer à son domicile. 
La Malédiction a-t-elle frappé encore une fois ?

Post Séraphin – Sacha se lance

Jeudi, 13  janvier 2011 - 17h33


SMS impromptu au beau milieu de l’après midi : « Demain soir chez mon ami Oscar. Il est parti en voyage et l’appart sera tout pour moi. Je t’enverrai l’adresse demain soir. Je pensais que ce serait cool vers 21h00, qu’en dis-tu ? Amène un film, si tu peux. Bisous et à demain ». 

AMENE UN FILM ??? Il se fout de ma gueule ?? Ok, calmons-nous. Je préfère ne pas répondre quand je suis énervé. Est-il en train de me manipuler ? 

Post Séraphin – Un donjon dans la ville

Vendredi, 14  janvier 2011 - 20h45

Je suis assis dans le metro en direction de l'avenue Wagram. J'ai eu le temps de passer chez moi, me doucher, prendre un satané film et de partir. Sacha, comme promis dans son sms, m'a envoyé l'adresse de son ami Oscar. Comme d'habitude, je remet en question mon bon sens, mais je me dis qu'après tout ce n'est pas une si mauvaise chose que d'accorder le bénéfice du doute à ce brave homme. 
Je marche en suivant les indications du SMS et en me regardant autour je ne vois que des habitations où il me serait impossible d'habiter: que des immeubles imposants qui semblent suggérer des immenses appartements aristocrates, tous en marbre et moulures précieuses. Je me dirige dans l'entrée d'un grand bâtiment aux énormes fenêtres. Tout est si blanc que même la nuit ça dérange l'oeil nu. Comme je ne sais pas qui appeler ni où me diriger j'appelle Sacha lui disant que je suis arrivé. Quelques secondes après, une porte à mon côté (que j'avais prise pour l'entrée de la maison du gardiennage) s'ouvre et Sacha fait son apparition. Vêtu d'un t-shirt en V orange pétant et d'une paire de pantalons vert foncé, je pense à une carotte hors proportions. 
"Salut toi" il me dit en souriant d'une voix calme et posée. Il me fait la bise sur les ... JOUES! Eh ben, je me dis, c'est soirée copines ce soir... 
Je rentre et.... je me retrouve littéralement dans un autre monde. Après être rentré, la première chose que je vois c'est une armure e taille réelle. Après, tout autour, il y a une suite  de statues religieuses ou ethniques de toutes les tailles, suspendues ou par terre qui remplissent une pièce. Je me sens comme si 500 yeux sont posés sur moi. Il y a après des étendards médiévaux sur la partie haute des parois, un lustre immense et des meubles très anciens qui entassent la grande pièce. J'ai l'impression d'être dans un musée/donjon et je ne me sens pas à l'aise. Une petite chienne se met devant moi et me regarde. 
"ah, je te présente Utopia" me dit Sacha. 
"sympa le nom" je me dis en caressant la tête du chien et en pensant que heureusement certains n'ont pas d'enfants. 

Je ne sais pas vous, mais la vue improviste d'une armure chez quelqu'un me coupe l'élan sexuel...


Sacha me fait asseoir sur une longue méridienne dure et très peu confortable, mais très ancienne. Il s'assoit à une bonne distance de moi, ce qui ne fait que renforcer mon doute sur l'intérêt de cette rencontre. Il me regarde, calme, posé. 
"ça te dérange si je fume?" il me demande tant qu'il manipule une enveloppe cirée remplie de tabac et un papier blanc transparent. 
"bien sur que non" je lui répond.
"ce n'est pas de vraies cigarettes" il me dit, comme s'il voulait sortir un mystérieux effet surprise. 
"je sais" je lui répond sèchement.
"comment sais-tu?" il me demande, amusé. 
"j'ai déjà vécu ça" je dit, sans rajouter rien d'autre. Il continue à fabriquer son pétard et moi je reste assis inconfortablement assis sur cette méridienne, mon regard perdu sur Utopia. 
Il finit son oeuvre et après quelques tirs il me fait partager sa création. Pour le faire content j'essaie deux tirs, mais, mis à part cette sensation d'inhaler des herbes de cuisine, je n'ai aucun effet particulier: je ne suis pas plus à l'aise, ni plus relaxé, ni plus "sexuel". Apparemment, ce n'est pas le cas de Sacha. Il s'approche, me prend dans ses bras et me traîne dans une autre chambre. La dernière chose que je vois est la pendule qui indique 21h30. 

Même soir - 21h37
Je regarde la chambre. Elle me fait penser à comment j'imagine la chambre à lit d'une haute figure de l'église. Sérieux, je me dis que Son Excellence l'archevêque de Rome, doit avoir une chambre aussi chargé en déco, statues, meubles, mauvais gout. 
"Merci c'était très bien" dit la voix mi-endormie de Sacha à côté de moi. 
Je ne fais pas de commentaires et je me rhabille. Sacha se relève et commence à s'habiller aussi. 
"Viens" me dit-il "on va se voir un film". J'aurais préféré rentrer chez moi, mais comme je ne veux pas passer pour celui qui vient, baise(pas) et file, je lui sors un film que j'ai amené. Il allume son mac portable 10 pouces met le film et on reste assis côte à côte à le regarder. Dix minutes après je l'entend ronfler à mon oreille et j'en profite pour faire un fast-forward de 45 minutes sur le film. Rien. Il dors toujours. Je laisse passer 5 autres minutes et je fais un ultérieur fast-forward de 50 minutes. Quelques minutes après, le générique de fin apparaît à l'écran. Je me remet les chaussures, je réveille doucement Sacha (le temps qu'il voit que le film est bel est bien fini) et sans lui laisser le temps de penser, j'arrive à extraire le film de son mac, à m'habiller et à lui dire bonsoir et merci. 



Même soir - 22h20
Je suis assis sur la ligne 9 qui me ramènera chez moi. Je pense à cette histoire et je comprend que ce monde est vraisemblablement incapable de m'offrir autre chose que ce genre d'épisodes bizarres et sans sens. Du moins jusqu'à ce que je continuerai à amener des gens qui m'intéressent dans ce lieu.

Il y a un restaurant à côté de République. Il a l'apparence agréable et sympa. A chaque fois qu'on y passe à côté, on y voit des tables remplies de gens qui sourient, boivent et s'amusent. Mais ce lieu, pour des gens comme moi, cache quelque chose de terrible: une force destructrice et maléfique qui a le pouvoir de casser des liens ou de faire avorter toute possible histoire sentimentale entre deux êtres. Je ne sais pas si c'est la porte pour la quatrième dimension, mais, ce que je peux dire c'est que trois fois sur trois j'ai eu le même résultat. Fuyez, vous qui pouvez. Fuyez "Séraphin