Le nom de Søren Kierkegaard vous évoque-t-il quelque chose ?
Vous l’aurez sans doute entendu dans quelques dialogues tirés d’un film de
Woody Allen. OU, si vous avez fait des études supérieures, ce nom vous
rappellera des interminables heures de philosophie, une prof plus ou moins
déséquilibrée (forcément divorcée et névrosée) et de foi plus Leibnizienne qui
parlait avec un mépris plus ou moins caché de ce penseur mélancolique qui
écrivait des choses telles que : « La jeunesse est un rêve et l’amour
en est son contenu ». Je suis convaincu que certains prof de philo
allaient secrètement vomir après une leçon sur Kierkegaard, monde de brutes
dans lesquels nous vivons. Soit. Ça c’est ce qui nous reste.
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| Pas toute les profs de philo (surtout femmes) aiment Kierkegaard. Celle ci me semble plus proche de Hegel... quoique... |
Pourtant les danois ont décidé de fêter le bicentenaire de
ce personnage. Donc, si vous en avez le courage (ou la force que moi je n’ai pas
en ce moment), faites un tour à Copenhague. On pourrait mieux comprendre
certains aspects de cette mélancolie profonde qui se résume dans une vérité qui
me hante jusqu’aujourd’hui : « L’amour est beau seulement jusqu’à
quand il y a du contraste et du désir ; après, ça ne devient que de la
faiblesse et de l’habitude ».
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| Mais la foi n’était pas « miser sur le 37 » à la roulette ? Oh, c’était Pascal qui disait ça ? Désolé, je vais réviser. |
Une fois à Copenhague, rendez-vous à l’expo « Les
objets de l’amour ». La visite est organisée en suivant deux parcours
circulaires : un intérieur, où on retrouve des objets appartenant à
Kierkegaard et un extérieur, avec des éléments (sélectionnés et répertoriés) donnés par les visiteurs. Et ici,
spontanément, la question surgit : De quoi parle-t-il Søren quand il parle
d’amour ? Il en savait quoi ? Dans une thèque, on peut voir les
alliances de ses parents : son père, à qui il dédie des réflexions et du
temps, la mère invisible. Il écrira : « Le paganisme avait un dieu
pour l’amour et aucun pour le mariage. Pour le christianisme j’oserais dire le
contraire ». Aigu et un petit peu amer, le mec.
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| Kierkegaard, ce héro qui "avait tout compris". Et qui est mort free. |
L’histoire raconte qu’en 1840, à 27 ans, lorsqu’il marchait
dans la rue, il aperçut Regine Olsen et il en tomba profondément amoureux. Le
fameux coup de foudre, l’amour à première vue. Il se fiança avec Regine, il lui
offra un anneau en diamants, il lui envoya des pages intense sur l’éthique et l’esthétique.
Elle aima, elle feuilleta et elle répondit. Les saisons se suivirent et les noces s’approchèrent.
Mais qu’arriva-t-il ? Il suffit de tourner la tête vers la thèque dédiée aux
séparations : au centre on peut voir un anneau avec une croix de diamants
au centre. En 1841, 14 mois après leurs fiançailles, Kierkegaard brisa son lien
avec Regine. Elle lui rendit l’anneau et lui il fit remodeler les pierres pour qu’elles forment une croix.
Il resta, au fond, fidèle à trois choses : son Dieu, sa mélancolie et
Regine. Il ne se maria jamais, mais il ne lui pardonna jamais de l’avoir fait.
Il ne l’oublia jamais, même si on raconte qu’une fois il l’avait croisée dans
la rue et il ne lui adressa pas la parole. Mais pourquoi avait-il décidé de la
laisser ? Qu’avait-il vu, notre cher Kierkegaard pour quitter le seul
grand amour de sa vie ? La future disparition du désir, la diminution du
contraste, le dieu de l’amour qui fait à poings avec celui du mariage et est
mis au tapis au 7ème round sans jamais pouvoir se lever. Il avait vu
ce que nous avons tous rencontré à un moment donné : l’ennui, l’habitude,
la trahison. Il avait vu la fin du jeu lorsqu’il était en train de jouer. Il
savait déjà que la vie elle est comme ça ; c’est l’essence de l’existence.
Kierkegaard avait six frères. Cinq étaient morts avant lui.
Aucun ne semblait pouvoir passer les 32 ans. Lui-même il s’était préparé à
cette fin. Lorsqu’il dépassa la date fatidique, il pensa que c’était une erreur
de transcription de date de naissance. Il contrôla, en vain. Plus simplement :
la vie est ennuyeuse, mais le destin, lui, il est imprévisible. La première
écrit les règles, l’autre note toutes les exceptions. Et il n’y en a pas
beaucoup, parce qu’il est paresseux et parce que nous ne les méritons pas. Tout
est déjà écrit, inéluctable, barbant. Sauf que nous, nous sommes encore ici et
nous pouvons encore miser et oser.



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