vendredi 12 juillet 2013

Kierkegaard et la philosophie du « désamour »

Le nom de Søren Kierkegaard vous évoque-t-il quelque chose ? Vous l’aurez sans doute entendu dans quelques dialogues tirés d’un film de Woody Allen. OU, si vous avez fait des études supérieures, ce nom vous rappellera des interminables heures de philosophie, une prof plus ou moins déséquilibrée (forcément divorcée et névrosée) et de foi plus Leibnizienne qui parlait avec un mépris plus ou moins caché de ce penseur mélancolique qui écrivait des choses telles que : «  La jeunesse est un rêve et l’amour en est son contenu ». Je suis convaincu que certains prof de philo allaient secrètement vomir après une leçon sur Kierkegaard, monde de brutes dans lesquels nous vivons. Soit. Ça c’est ce qui nous reste.
Pas toute les profs de philo (surtout femmes) aiment Kierkegaard. Celle ci me semble plus proche de Hegel... quoique... 

Pourtant les danois ont décidé de fêter le bicentenaire de ce personnage. Donc, si vous en avez le courage (ou la force que moi je n’ai pas en ce moment), faites un tour à Copenhague. On pourrait mieux comprendre certains aspects de cette mélancolie profonde qui se résume dans une vérité qui me hante jusqu’aujourd’hui : «  L’amour est beau seulement jusqu’à quand il y a du contraste et du désir ; après, ça ne devient que de la faiblesse et de l’habitude ». 


Mais la foi n’était pas « miser sur le 37 » à la roulette ? Oh, c’était Pascal qui disait ça ? Désolé, je vais réviser. 


Une fois à Copenhague, rendez-vous à l’expo « Les objets de l’amour ». La visite est organisée en suivant deux parcours circulaires : un intérieur, où on retrouve des objets appartenant à Kierkegaard et un extérieur, avec des éléments (sélectionnés et répertoriés)  donnés par les visiteurs. Et ici, spontanément, la question surgit : De quoi parle-t-il Søren quand il parle d’amour ? Il en savait quoi ? Dans une thèque, on peut voir les alliances de ses parents : son père, à qui il dédie des réflexions et du temps, la mère invisible. Il écrira : « Le paganisme avait un dieu pour l’amour et aucun pour le mariage. Pour le christianisme j’oserais dire le contraire ». Aigu et un petit peu amer, le mec. 

Kierkegaard, ce héro qui "avait tout compris". Et qui est mort free.  

L’histoire raconte qu’en 1840, à 27 ans, lorsqu’il marchait dans la rue, il aperçut Regine Olsen et il en tomba profondément amoureux. Le fameux coup de foudre, l’amour à première vue. Il se fiança avec Regine, il lui offra un anneau en diamants, il lui envoya des pages intense sur l’éthique et l’esthétique. Elle aima, elle feuilleta et elle répondit.  Les saisons se suivirent et les noces s’approchèrent. Mais qu’arriva-t-il ? Il suffit de tourner la tête vers la thèque dédiée aux séparations : au centre on peut voir un anneau avec une croix de diamants au centre. En 1841, 14 mois après leurs fiançailles, Kierkegaard brisa son lien avec Regine. Elle lui rendit l’anneau et lui il fit remodeler  les pierres pour qu’elles forment une croix. Il resta, au fond, fidèle à trois choses : son Dieu, sa mélancolie et Regine. Il ne se maria jamais, mais il ne lui pardonna jamais de l’avoir fait. Il ne l’oublia jamais, même si on raconte qu’une fois il l’avait croisée dans la rue et il ne lui adressa pas la parole. Mais pourquoi avait-il décidé de la laisser ? Qu’avait-il vu, notre cher Kierkegaard pour quitter le seul grand amour de sa vie ? La future disparition du désir, la diminution du contraste, le dieu de l’amour qui fait à poings avec celui du mariage et est mis au tapis au 7ème round sans jamais pouvoir se lever. Il avait vu ce que nous avons tous rencontré à un moment donné : l’ennui, l’habitude, la trahison. Il avait vu la fin du jeu lorsqu’il était en train de jouer. Il savait déjà que la vie elle est comme ça ; c’est l’essence de l’existence.

Kierkegaard avait six frères. Cinq étaient morts avant lui. Aucun ne semblait pouvoir passer les 32 ans. Lui-même il s’était préparé à cette fin. Lorsqu’il dépassa la date fatidique, il pensa que c’était une erreur de transcription de date de naissance. Il contrôla, en vain. Plus simplement : la vie est ennuyeuse, mais le destin, lui, il est imprévisible. La première écrit les règles, l’autre note toutes les exceptions. Et il n’y en a pas beaucoup, parce qu’il est paresseux et parce que nous ne les méritons pas. Tout est déjà écrit, inéluctable, barbant. Sauf que nous, nous sommes encore ici et nous pouvons encore miser et oser. 

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