Le soleil est comme un énorme œil de feu qui rôti lentement ma peau. Heureusement que ma protection 30 est là à côté de moi.
A cette heure, toute Sitges (Paris+nord de la France) a envahi la portion de plage en face du centre ville. Si quelqu’un a des doutes, oui, c’est la portion « gay » de la plage… et pour qui aurait encore plus de doutes il y a quelques petits signes : un drapeau arc-en-ciel bien en vue et le festival de fesses bombés et de biscotos tatoués. Plein la gueule, quoi… J’observe de façon amusée tout ce microcosme, leur tenues succinctes, leur façon de parader au bord de l’eau, les allées et les retours à l’apparence (pas trop) casuelle… Tout est étudié : la tenue, le sac Gola avec tout le nécessaire pour la plage, la tombée de la mèche avant et après l’eau… Drôle.
Je me retourne sur ma serviette bien trempée et je sens le regard amusé de David, mon nouveau pote de Lille… probablement il pense les mêmes choses que moi. Quant à notre ami Bruno, un autre pote de Lille, lui il scanne d’un air plus sérieux la populace qui s’agite dans cette foire à paons. Je souris en m’étalant de la crème protectrice sur mon corps… en effet je dois avoir l’air bien ridicule avec ma peau toute blanche au milieu de ce musclorland où tous sont bien caramélisés. M’en fous.

Une journée ordinaire à la plage de Sitges est comme un samedi au BHV homme pendant les soldes
« Vous sortez ce soir ? » je demande à David
« Probablement oui. Mais on a d’abord un dîner chez les Saucisses » il me répond nonchalant.
« Hm ? Qui ? »
« C’est nos voisins d’appart. Ils nous ont invités à un cocktail dinatoire ce soir chez eux. Tu veux te joindre à nous ? » il me demande avec un sourire qui cache quelque chose.
« Ok, volontiers, merci. Mais pourquoi Saucisses ? » je lui demande, curieux
« Ben tu verras ce soir » il me répond, les yeux pétillants.
Le soir venu, je me rends chez David et ses autres potes (ils sont 4 dans leur appart) et nous partons tous chez les fameuses Saucisses. Depuis le matin je me faisais des histoires dans la tête, ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre… d’abord parce que l’imagination de David est clairement très vive et ensuite parce que… ben, il y a saucisse et saucisse… c’est un concept plutôt vaste dans mon imaginaire. Je ne sais pas si j’en ai déjà rencontré une ou non. Je ne me sens pas assez préparé.

Avez vous déjà essayé d'avoir un discours sérieux avec celles-ci?? Dur dur, je vous dis...
Quatre figures filiformes nous donnent la bienvenue dans leur petit jardin ; ils ont l’air de faire 35 kg chacun. Je me sens un peu comme Richard Dreyfuss dans « Rencontres du troisième type ». Les seules différences:
1 – Sur ces quatre deux ont des coiffures style emo twink (cheveux longs dont les mèches devant couvrent partiellement les yeux. Coiffure à gifle, quoi).
2 – Ils sont habillés avec des extra griffes… (exemple: H&M ou Célio c’est le pire insulte qu’on puisse leur faire).
3 – Un bon sens de l’accueil. Oui, on n’est pas dans « Mars Attacks » non plus…

Typique exemple de Saucisses de l'espace: elles se veulent bling bling, mais en réalité elles n'ont aucun sens de la fashion...
Dans ce petit groupe circonscrit, je peux observer 4 comportements bien différents, qui, naturellement, vont avec les physiques des 4 mecs.
En premier nous avons J, la saucisse bombasse : belle gueule, beau corps à priori, cheveux noirs longs et parfaits, lui donnant l’air du chanteur de Tokyo Hotel en panne de gel, mine complètement ennuyée. Pendant toute la soirée, il a juste dit deux mots à nous les invités et il a parlé à toute basse voix avec ses colocs. Dans un championnat de sympathie, il ne se place pas dans le TOP 500… De plus, il regardait toujours ailleurs, comme s’il faisait un calcul trigonométrique très complexe... Génie en herbe ou Eve Angeli sous calmants ? Va savoir…
Au deuxième rang, nous avons R, la saucisse blonde : cheveux coiffés comme la saucisse bombasse mais blonds. De corpulence plus réduite par rapport à J (son tour de taille est équivalent à une cuisse de Sebastien Chabal) et d’une beauté moins accentuée que son presque-sosie ténébreux, la saucisse blonde est übergriffée ; compensation ? bah, si on suit cette logique, il vaut mieux de se démarquer de cette façon plutôt que de passer pour « l’ami moins beau de… »
Néanmoins, il se la pète moins que son ami J, il sourit tout le temps, il fait toujours oui avec la tête et somme toute, il est de bonne compagnie.
Et ensuite c’est le tour de L et G, les deux saucisses adultes de la maison, les plus naviguées et qui représentent, si on prend et on adapte la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, le chaînon manquant entre le pd simple et la Saucisse. En substance, ce qui le différentie c’est :
- l’attitude plus mûre… en gros c’est eux qui servent les plateaux de tartines et les apéros.
- Moins d’extravagance vestimentaire : ils sont habillés en Abercrombie & Fitch et Lacoste non stretch (grand signe de modestie, tout de même) ce qui est l’équivalent de C&A pour les hétéros. Je me sens presque à leur niveau
- Ils ont des arguments de conversation et je m’aperçois que quand je parle de Disney ils m’écoutent comme si je parlais du Rajastan. Encore une fois, j’ai le sentiment que mon interlocuteur se met à mon niveau.
- Une perte capillaire en progression rapide.
Somme toute, je peux dire avoir passé une belle soirée, surtout parce que ça m’a permis de découvrir une réalité parallèle au Marais. Car, mis à part quelques différences de près, la Saucisse est la Fashion Queen du Marais, mais dans le Nord.

La Saucisse s'est reproduite aussi en Allemagne...et elle chante en plus!! Sehr schön... !
Plage de Marbella, Barcelone, 10 aôut 2010
Une autre plage, la même mer, la même populace. Je regarde David et je me demande pourquoi on s’obstine toujours à partir dans des endroits à haut taux de follitude… (ok, ça se dit pas mais je m’approprie de la licence d’utilisation de ce néologisme). A coté de nous, il y a les Saucisses, deux ans après. Elles n’ont pas beaucoup changé : J et R ont les cheveux plus courts, G encore plus courts et L il n’en a toujours pas. Cette année ils ont l’air plus distant, plus froid. Auront-elles grandi ? Dommage. Leurs canapés étaient bons.
David se retourne dans sa serviette et me dit, d’un air un peu ensomeillé :
« Ce soir j’ai un dîner chez les Bisounours… Tu veux venir ? »
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