"Pardon?? On peut carrément voir qui est à côté??" j'avais demandé, les yeux écarquillés.
"Ben oui. C'est un réseau social qui exploite la géolocalisation. Génial non?" expliquait Jeremy excité.
"Chouette! je vais l'essayer".
En moins de deux secondes mon iphone affichait une icône verte. J'étais curieux et excité d'explorer cette nouvelle facette de mon iphone.
Plusieurs déprimes, crises de nerfs, pertes de foi et baffes en plein gueule après, cet objet merveilleux s'était transformé en une objet d'anxiété permanente. C'est dans ce contexte plus proche de l'apocalypse que d'une vie équilibrée que j'ai rencontré Gérald.

Le bon vieux temps: l'âge de l'innocence
Paris, 15 mai 2009. Gérald
Il avait tout pour (me) plaire. Belle conversation, une belle figure, des goûts musicaux plutôt raffinés et intéressants. On avait passé des longues semaines à discuter sur AkaAki. Un jour, il décide de me rencontrer. Ce jour là il ne faisait pas beau, mais on a décidé de nous voir tout de même. Il me donne rendez vous à République, en face de Habitat. A 21h00 précises je me pointe devant Habitat mais il n'y a personne. Je regarde les gens passer, mais personne ne semble ressembler à Gérald. Du coup cette situation me sonne familière. Un texto me prévient qu'il sera 15 minutes en retard. Un frisson me traverse le dos, mais je ne suis pas sur qu'il s'agisse du froid. Au bout de 15 minutes, un garçon tout petit et haletant vient à ma rencontre.
"Excuse moi pour le retard, mais j'ai eu un imprévu au taf" il me dit, tout gêné.
"Pas de soucis, ça arrive" je lui répond avec un sourire.
"Ben, je sais, mais je n'aime pas faire attendre les gens. On va où?"
"Si tu veux on peut remonter le boulevard Voltaire et là on trouvera bien quelque chose, non?" je propose rapidement.
"hmm non, il pleut je ne veux pas marcher longtemps sous la pluie. Tiens, suis-moi, je connais un endroit sympa". je le suis.
Une cloche à mort sonne dans ma tête. En quelques minutes nous sommes en face de chez SERAPHIN.
On ouvre la porte et une lumière verdâtre semble illuminer les visages des serveurs. Ce n'est pas grave. Les choses ne doivent pas forcément se passer comme la dernière fois et, qui plus est, le gars me semble sympa.
"Voulez vous une table à l'étage?" propose la voix sinistre d'un serveur.
"NON" je répond un cran plus fort de ce que je ne voulais." une table ici serait mieux".
"Suivez moi, messieurs"
On s'assoit, on commande une boisson à la papaye pour lui et un mojito pour moi.
Je remarque des biscotos bien saillants. hmm, je me dis que ça c'est un premier signe d'alerte. Une autre gym queen. Mais bon, on ne juge pas un produit avant de l'avoir essayé, donc je fais vite fait abstraction de ce particulier, même si agréable en soi.
"Alors t'étais à Barcelone l'été dernier?" je demande, me remémorant d'un discours qu'on avait fait sur Aka Aki.
"Oui, c'était trop bien. J'adore l'Espagne. La culture latine en général, on peut dire" me dit tout enthousiaste.
"Moi aussi je l'aime bien" je répond, un peu plus à l'aise. Peut-être je m'étais fait trop d'appréhension pour rien. Le mec semble sympa, un brin trop sur de lui, mais bon, avec ces biceps et ces abdos il a certainement cumulé des habitudes.
"Pense que moi on me prend toujours pour un espagnol ou un portugais. Exemple: l'autre soir j'étais au supermarché de mon quartier et le videur m'a pris pour Pauleta. Tu connais?"
"Oui de nom, je ne suis pas trop le foot" je répond.
"En tout cas c'était drôle" dit en rigolant.

Si on te dit que t'as une gueule à foot, ce n'est pas un compliment
"Et tu fais beaucoup de sport?" je lance. Je vois que son sourire est toujours là.
"Oui, j'aime bien de temps en temps. Toi aussi?"
"J'aimerais bien trouver le temps pour y aller, mais bon, un jour ou l'autre" je dis.
"Mais oui, si tu le sens, il faut le faire. Surtout quand on arrive à ton âge".
Ouch. Saloperie.
ça c'est dit.
"Ok, je sais ne pas avoir 18 ans, mais bon... "
"Non, je ne voulais pas te vexer... je voulais dire qu'après un certain âge la motivation n'est plus la même".
"C'est peut être valable pour certains, mais pas pour tous. ça m'étonnerais que tu connaisse quelque chose de mes motivations" je dis d'un ton ferme, même si j'ai un gros sourire estampillé sur la bouche.
Silence. Il porte la paille à sa bouche et il boit sa boisson verte. Je fais la même chose avec mon mojito.
"Et donc t'es rital" il dit, en rompant le silence.
"Oui, je suis italien originaire de Milan"
"J'y ai été il y a quelques années... Quelle ville de merde... "
"Ah bon? T'y es resté longtemps?"
"Une demie journée"
Bon, c'était dit.
"C'est clair que si t'étais de passage tu n'as pas vu vraiment... Et t'as aimé le reste?"
"Mouais, le reste était sympa, je reconnais"
Ouf. Je détecte un changement de ton dans l'air.
"Dis, ton accent, c'est à couper avec le couteau. T'es arrivé quand ici, la semaine dernière?" il ricane. Mais comme il avait une expression neutre, je ne savais pas s'il rigolait ou affirmait quelque chose.
"Euh non, ça fait plus ou moins treize ans" je dis, gêné. Je sens que mon visage est devenu rouge. D'habitude ça m'arrive quand il y a quelqu'un qui met en avant un ou plusieurs traits de ma personne et il les présente comme un défaut.
"TRRREize ans? La mammà ne te manqoue pâaaa alorrrr" il me dit en imitant l'accent italien et en roulant bien les R.
"Très drole" je dis pour rester dans son délire. Avoir de l'humour, même si douteux, ne peut pas être quelque chose de mal.
"Ma ooui, ouui c'est drrroleh" il me dit, cette fois en gesticulant avec les mains.
Pendant dix minutes il continue à faire tout un sketch de chaque phrase sortant de ma bouche.
"Bon, les blagues les plus courtes sont les meilleures" je lui dis. Avant de sortir cette phrase, j'ai eu le flashback d'une soirée à Lille avec mes amis Jerémie et Romuald et de comme Jéremie l'avait lancée à un jeunot un peu trop lourd qui se moquait de sa profession.
"Meeh no, il ne faut pâaaa se vexeee" il me dit.

Insulte par insulte, à tous comptes faits je préfère Pauleta...
Le serveur nous amène l'addition, avec un sourire énigmatique.
"Vous voulez autre chose?" il nous demande.
"Noooo, basta, rieeen d'ottrrrre" il répond en me regardant et en rigolant.
On sort de chez SERAPHIN et on se dirige vers le métro. L'air est froid dehors, mais moi j'ai chaud.
"Bonne soirée" je lui dit.
"Ciaooo" il me dit en m'embrassant sur les joues.
Dans le métro je regarde un peu les gens autour de moi. Je pense que c'est difficile de tomber sur quelqu'un qui ne soit pas taré.
J'ouvre mon téléphone et je tapote ici et là sur mon écran.
Une fenêtre me demande "Etes-vous sur de vouloir supprimer Aka-Aki?". Je tape sur "Oui".
Fin de la deuxième partie
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