Il est 6 heures du matin et je suis épuisé. Je crois, avec toute la conviction dont je suis capable, d' avoir passé une des nuits les plus bizarres de ma vie. A ce moment précis, j'ai devant moi un commentaire Facebook de mon ami Nicolas, qui dit avoir un sentiment marcogiussanesque de loose. Que dire: bravo Nico! T'as juste mis le doigt sur la plaie, car en effet j'ai la loose, quant il s'agit de mecs! Elle est sur moi comme une deuxième peau, elle me suit a chaque fois que je rencontre quelqu'un, sans lassitude, sans répit. Elle est comme une sœur bâtarde et très collante qui plus est.
Maintenant que l'on a enregistré ce constat, venons-en aux faits.
Curieuse substance qui est a la tête des pires décisions de l'humanité.
7 heures avant
Il est vendredi soir. Je viens de me prendre une douche en prévision d' une sortie avec mon pote Alex. Nous nous rendons dans un bar passer une soirée détente, histoire de rigoler et nous raconter nos misères. Arrivés á destination, le bar apparaît bien désert. Bizarre... Il y a en tout 5 clients, nous inclus. Après une demie-heure de buvette et de tchatche, Alex décide de rentrer à la maison. Moi, stoïque, je décide de résister: vous savez, la typique mauvaise idée qui s installe dans l esprit et qu'on ne lâche pas, malgré le fait qu'on sait dès le départ qu'on va tout droit vers la grosse emmerde. Bon, disons que la faute est à la mauvaise bière. Une heure après (et par propriété transitive, deux litres et demi de bière après) un gars s'assoit sur le tabouret à côté du mien. Il commence a me parler, et, comme d'habitude, il me demande si je suis grec (à cause de mon nez), espagnol (mon accent), iranien (mes yeux), danois (ma peau), anglais (il est con/saoul). Je lui répond quelque peu irrité que je suis italien et il fait une mine toute contente et il commence à bafouiller deux ou trois mots dans ma langue. Soit.
A un moment donné je me dis que je devrais arrêter de faire ma précieuse et que peut être je devrais donner une chance au produit. Il me dit qu'il s'appelle Pierre, qu'il travaille comme réceptionniste dans un grand hôtel parisien et il me lance avec nonchalance un compliment du style "il sont très mignons les italiens". Une généralité de plus, mais bon, je ne suis pas a La Sorbonne non plus. De plus c'est un compliment, donc raison de moins pour faire son difficile. Je le regarde bien et son visage, sa barbe et sa taille me rappellent Monkiki, une poupée-singe très en vogue dans les 80's. Mais ça lui va bien, je trouve ça attendrissant et ben, j'ai aussi ce qu'on appelle une gaule monstrueuse.
On se fait quelques petits bisous et il me propose de partir du bar pour aller chez moi. J'accepte et c'est à ce moment là, à 1h00 du matin passée, qu'il me dit devoir aller dans le 20ème arrondissement à récupérer sa bagnole et ses fringues car le lendemain matin il travaille tôt à la réception. Je lui dit que c'est bon, je lui file mon adresse, mon téléphone et je me dirige vers mon appart'.
A 2 heures du matin, lorsque j'avais abandonné toute illusion de le revoir, il m'appelle d'en bas de chez moi; je lui file le code et 2 minutes après il est chez moi, avec une trousse et une housse avec son uniforme de réceptionniste d'hôtel. Quelques minutes après il se déshabille, on se fait deux bisous et je vois qu'il s'enfile dans le lit plus vite qu'une gitane devant un porte-monnaie. J'éteins la lumière et un brin trop sur de moi, je me glisse également dans le lit. J'essaye de l'encercler avec les bras et de commencer quelque chose et à moment donné il me donne son dos et il me dit d'une voix un peu comprimée: "Dodo!". Euh... je reste un peu comme un con à côté de lui et, convaincu de m'être trompé j'essaye quelques bisous sur le cou et là il se retourne il me donne un bisou sur la joue, il me tapote deux fois la tête et me dit encore: "Allez, dodo!".

Méfiez vous de la gueule innocente de cette espèce. De plus, ils se font de la pub mensongère car ils ne sucent rien.
Une rage sourde et intense commence à parcourir mon corps. Je dois remercier mes parents de m'avoir donné une éducation visée au respect des autres, mais au même temps je me dis que je devrais allumer la lumière et le mettre à la porte. Mais pour des raisons que je ne saurais pas m'expliquer je laisse tomber et j'essaye de dormir... Vers 3h00 du mat, j'arrive à trouver un peu de sommeil. A 5h30 du matin, le portable de Monkiki sonne et je sens qu'il bouge à côté de moi. A un moment donné je sens deux mains qui me secouent et une voix caverneuse qui me demande: "Je dois prendre une douche. Pourrais-tu me préparer une serviette?". Dans ton cul, j'ai envie de lui dire, mais bon, je fais un effort de plus, rassuré par l'idée qu'il va partir très bientôt. Je lui prépare une serviette, je me met dans un coin à attendre qu'il finisse et surtout qu'il se casse au plus vite. Il sort de la douche, il se sèche et il ouvre la housse contenant son uniforme. Tout à coup, il s'arrête, il s'aperçoit que je suis là. Il me regarde et il me demande, avec un ton sérieux: "Pourrais-tu te retourner, s'il te plaît??!!". Ce fut le choc. Et juste après j'ai vu rouge. D'une voix ferme et retenue je jette: "J'espère bien que tu déconnes! Je suis chez moi et je fais ce que je veux!". Il ne réponde pas, mais il double sa vitesse d'habillage. Il finit de se préparer, il se rajuste la cravate de son costard rouge arborant le logo du Sofitel et il se met devant la porte. Il me sourit et il me dit: "J'aurais besoin de laisser ma housse ici. Je passerai la chercher ce soir". Je sens que la crise de fou rire n'est pas loin. Sans réfléchir, d'une façon automatique mon corps se dirige vers sa housse, pendue à la fenêtre de mon séjour. Je la prend, je la lui met entre les bras et je lui dit: "Chuis pas là ce week end". Il me regarde, la mine déçue. "Bon, au revoir, alors..." J'ouvre la porte et il sort.

Typique exemple de comment dans la vie il y a des rencontres qui ne servent à rien, mais qui font profondément chier.
Même quelques heures après, je n'en reviens toujours pas. Un des principes du bouddhisme suggère que toute rencontre n'est jamais fortuite, mais qu'elle porte son lot de sagesse, de révélation et d'enseignement. Et si l'enseignement que je dois en tirer c'est qu'il faudrait que j'arrête d'amener n'importe qui chez moi?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire