S'il y a une chose que j'aime beaucoup de la ville de Lille c'est sa taille. Pas trop énorme, à mesure de tous et franchement très belle esthétiquement. A chaque fois que je m'y suis rendu j'ai toujours passé des moments très agréables, surtout grâce à la présence d'amis qui habitent là. La dernière fois que j'y suis allé, le séjour a été plus mouvementé que d'habitude.
Deux semaines avant mon départ mes amis locaux, Romuald et Jérémie m'avaient proposé un week end chez eux. Enthousiaste, je réserve mes tickets de train et je me prépare pour un fin de semaine de bonne compagnie et de détente, comme à chaque fois que je vais chez eux.
Le jour J, je suis accueilli par les garçons à la gare de Lille-Flandre et on passe un après midi merveilleux. On fait un tour dans le centre-ville, on prend un café avec des amis communs, on rencontre une paire de saucisses (oui, les mêmes de l'article "Eloge de la saucisse lilloise", comme quoi le monde est vraiment une canette de thon) et après nous reprenons nos errance. Et c'est la, que Romuald me lâche la bombe. Nous avons une soirée et demie de prévue. En début de soirée, nous devons nous rendre chez un copain de Romu et Jérém pour l'apéritif. La soirée se poursuivra chez la meilleure copine de Romuald, Mado, qui, ce soir là, fêtera son anniversaire. C'est à ce moment là que, comme dans les films d'horreur, j'entend dans ma tête une voix de petite fille qui chante une comptine macabre. Mais bon, je me dis, je suis loin de Paris, il n'y a pas de raison pour que le choses se passent mal à Lille. Si on raisonne en termes binaires, Paris=mal Lille=bien.
En tout cas, moi et Romuald nous filons chercher un cadeau pour Mado.

Première image aperçue par mon esprit à l'évocation d'une soirée d'anniversaire chez Mado
Qui est Mado? S'il y a un être sur Terre qui peut donner toute sa signification (grandiose et tragique à la fois) au terme FAP (Fille A Pédé), celui ci est bel et bien Mado. Accompagnée par un physique pas banal (rondeurs qui peuvent faire littéralement tourner la tête à tout hétérosexuel du Maghreb), un visage doux et mignon, une personnalité haute en couleur, Mado a rempli pendant des années sa fonction de FAP à la perfection. Toujours single après les 25 ans, toujours amoureuse de celui qui ne pourrait jamais la correspondre (un homo), mais qui sait la comprendre et la sortir à des fêtes où elle arrive à s'amuser, Mado est une personne avec qui ça passe ou ça casse. La nouveauté de cette année, c'est que Mado a trouvé un fiancé, un garçon arabe qui n'a pas encore quitté le pays et qui l'a demandé en mariage. Les amis plus intimes de Mado s'étaient mobilisés pour l'exhorter à faire attention et à se méfier. Mais elle, amoureuse et désespérée, deux états d'âme qui ne devraient jamais aller ensemble, n'avait écouté personne et avait décidé de poursuivre son projet. Elle était en mode Bridezilla (ou mariée à tout prix pour les ennemis de la langue anglaise).

Personne ne sait être FAP comme Mado. Elle a été formée dans les meilleures écoles suisses
Première partie de soirée - L'apéro, nous et Briian
Pour l'apéro nous sommes chez un ami de Romu. Malheureusement je ne me rappelle plus le nom, c'est pour cela que je parlerai de lui comme Nicolas.
Donc, Nicolas, ce charmant garçon, est le typique trentenaire avancé bien conservé, avec une belle maison, des beaux amis qu'il sait recevoir comme il faut, un travail fabuleux, qui fait des voyages de rêve et qui a un penchant pour les -23. Toute phrase prononcée de sa bouche est systématiquement suivie par des "Aaah" ou des "Oooh". Et je ne le dis même pas sarcastiquement, il est réellement intéressant.
A un moment donné, il y a un nouveau arrivé qui se présente aussitôt. C'est un garçon qui à œil nu ne doit avoir que 22 ou 23 ans, sportif, mignon, sur de lui. Il s'approche au groupe formé par moi, Romuald, Jérémie et notre amis Damien.
"Salut à tous, je suis Briian. Enchanté" il nous dit en nous serrant la main.
"Enchanté, Brian" je lâche.
"Non, ce n'est pas Brian, c'est Briian. Ça se prononce comme ça s'écrit en français" il dit tout fier. Il doit être habitué à revenir sur son prénom et montrer que c'est tout à fait original. Un peu comme ces gens qui achètent ces chiens au poil blanc et gris et aux yeux bleus et qui se font un malin plaisir de dire "Euh non, chéri, ce n'est pas un Husky. C'est un Saarlooswolf et ce n'est pas du tout la même chose!". Mais, hélas pour eux, au fil du temps ce jeu est tellement devenu usé que je n’arrive même pas à avoir l’air con.
«Et vous faites quoi dans la vie ? » il demande.
« Je travail en banque » répond Damien
« Dans les assurances » répond Romuald.
« A Disney et je.. »
« Disney ??!! Fort et tu fais quoi ? Mickey ? Minnie ? Blancheneige ? Hahahaha » il dit en coupant mon explication et en rigolant
« Allez, vas y, dis lui quel personnage tu fais » me taquine Jérémie.
« Aucun, je m’occupe de leur sites internet » je dis.
« Mouais, c’est ça, il n’assume pas…. » ricane Romuald.
Briian regarde Jérémie, qui n’a pas encore dit ce qu’il faisait. « Je travaille sur les trains »
« Nooon !!! Sérieux ?!! J’adore ça !!! » exclame Briian, content comme le pouceau qui a trouvé la cheerleader chaudasse qui veut sortir avec lui. Pendant 25 minutes il continue à poser questions sur questions au pauvre Jérémie qui avait toute autre envie que de parler de travail. Les trains c’est passionnant 2 minutes, mais après un moment ça peut gonfler certains.

sous
ses air de bogosse, Briian cache une vraie philosophie de la vie basée
sur l’analyse consciente des rapports dichotomiques entre un monde
nouménal inaccessible à l’homme et un réel phénoménologique dans lequel
tout roseau pensant digne de ce nom ne peut décemment s’épanouir. ça se
voit, non?
Je fais un tour du salon de Nicolas, je regarde son frigidaire recouvert d’aimants portant le nom de chaque ville qu'il a visitée... Inutile de dire qu'il ne restait plus d'espace libre sur ce frigidaire à 2 peaux. Je parle un peu avec Damien et Romuald, je me gave de canapés (c'est mon point faible à chaque fête, je ne peux pas me contrôler; on m'a souvent reproché d'en tenir deux dans la main et d'en avaler un troisième...). Je ne m'aperçois pas du temps qui passe; mais à un moment donné j'entends la voix de Jérémie qui dit haut et fort: "Ecoute, les meilleures blagues c'est celles qui ne durent pas longtemps!" en direction de Briian. Je crois de rêver. Je crois que c'est la première fois que j'assiste à une chose semblable à de la rage sortir de la bouche de Jérémie, célebrissime pour son aplomb anglais. Woah, c'est un peu comme du champagne à une fête d'ex alcooliques.
Dix minutes après, nous étions en voiture en direction de chez Mado.

On l'a jamais vu, mais on a vite compris: quand Jérémie pète un câble ce n'est pas joli joli
Chez Mado - Hostilités en 20m2
Il est presque 23 heures lorsqu'on quitte l'appartement de Nicolas. Après vingt minutes de franche rigolade sur le dos du pauvre Briian, mais surtout sur le coup sec de Jérémie, nous arrivons devant un bel immeuble moderne. Belle entrée, beaux couloirs, bel ascenseur. Nous arrivons devant la porte de Mado et Romuald sonne. Elle nous ouvre toute contente et souriante. Il y a un petit fond musical dans la pièce. Nous rentrons et je constate instantanément deux choses:
- la pièce EST l'appartement
- Mado n'est pas seule

L'appartement de Mado est en réalité très modulable
Mignon et plutôt lumineux, l'appartement de Mado se résume à une petite pièce carrée (si la musique de fond avait été "living in a box" j aurais eu la preuve que Dieux existe et qu il est un metteur en scène sinistrement humoristique. Hélas non). Ce qui est mignon c est que la musique vient de la télé qui est connectée a un PC, qui envoie aussi un diaporama d' images de Mado et de son fiancé. Entre nous, je trouve qu'elle n a pas tiré le mauvais épingle du jeu... Pas mal du tout le Moustapha...
Mais, pour ce que je peux voir l invité de Mado n'est point Moustapha. C est un jeune garçon, qui, parait-il, est le meilleur pote de Moustapha. Il a l'air charmant, mais bon, c est un peu comme la règle des chats qui sont tous gris dans l'obscurité: lorsqu'on se tait on est potentiellement tous mignons et sympas.
Bientôt la pièce recèle de testostérone car Mado se retrouve toute seule entouré de tous ces mâles: son invité (que pour de raisons de mémoire défaillante j'appellerai Aziz), moi, Romuald, Jérémie, Damien, Nicolas et Briian.
A la première tentative de service de gâteau, il y a une bonne moitié de charlotte aux fraises qui finit par terre. Mado est un peu agitée. Aziz, en révanche, n'est pas agité du tout. Béni par la sagesse divine de son Maroc natale, il ne peut pas s'empêcher de parler tout le temps et 90% des fois pour lancer des jugements tranchants. A un certain moment, je ne comprenais vraiment plus ce qu'il racontait et malheureusement (pour moi) tout ce qu'il disait résultait comique. Il ne m'a pas râté.
"Et donc, toi, mon ami qui rigole tout le temps, t'es italien?" me demande Aziz sérieux
"Oui, je viens de Milan"
"Et j'imagine qu'ils t'ont donné la carte de séjour tout de suite, sans te poser des questions!". J'attend la rigolade. Elle n'arrivera jamais.
"ben, l'Italie fait partie de l'Europe, donc c'est plus facile"
"Oui, tout est facile pour vous, mon ami!" me dit avec un amertume déstabilisant.

Le charmant invité mystère de Mado
Mado nous sert du champagne et j'ai malheureusement Briian à côté de moi qui veut trinquer avec une bouteille de bière. Or, le pauvre garçon ne sait pas parler et doser la force au même temps, donc il fait exploser le verre entre mes mains. Je reste avec une jambe de flûte de champagne et les pantalons mouillés. Aziz regarde la scène avec dégoût, comme si on était en train de manquer de respect à notre hôtesse. Pour un instant j'ai la sensation qu'Aziz m'à lâché les baskettes, car il est en train de repliquer toute pensée exprimée par Romuald et Nicolas. Damien s'assoit à côté de moi et je ne peux pas m'empêcher de lâcher un: "Ce n'est pas possible!"... Damien me sourit et cela ravive l'intérêt de Aziz.
"Pourquoi tu rigoles mon ami?" dit il en me regardant dans les yeux.
"Mais rien, je parlais avec mon ami Damien" je dit un peu exaspéré.
Au même temps je me sens mal pour Mado qui est en train de faire de tout pour que la soirée marche, malgré Aziz. Donc, dans le but de faire plutôt plaisir à elle, j'ai la "bonne idée" d'instaurer un dialogue avec Aziz.
"Et tu viens d'où, Aziz?"
"Qu'est ce que tu me dis??!! ça fait combien d'années que tu es en France??!!" il me dit d'une façon très hostile
"Ben, pourquoi, quel est le rapport?"
"Reponds! Car avec un accent pareil tu dois être arrivé hier!" il me dit sans me lâcher du regard. Je me sens tout rouge et nul. Je me sens comme une pièce défectueuse dans une usine où la perfection est dans tous les détails. Mais malgré ça, malgré le fait que je me sens un peu humilié, il y a un effet complètement imprévu qui me frappe. Trop conscient de l'absurdité de cette situation, c'est à dire le fait d'être repris sur le français par un mec qui parle français très mal, j'ai un attaque de fou rire. J'ai l'estomac qui me fait mal, je me pince pour m'arrêter et je baisse la tête pour ne pas me faire découvrir. Je fais semblant d'être vexé et de ne plus vouloir parler, mais tout ce que mon être veut s'est d'exploser dans un rire qui est en train de me tuer. Dans ma tête je prie que cette soirée passe vite.
Mado propose qu'on sors tous en discothèque. On fait tous mine d'être fatigués. Je vois Romu qui nous regarde et qui nous fait un signe de commencer à récupérer nos choses.
"Allez les garçons, vous n'êtes pas sympas là, c'est mon anniversaire et moi je veux aller danser!! Aziz, allons y!"
"NON, je ne veux pas aller avec des gens comme ça" il dit en me pointant du doigt. "Des gens comme lui qui ne s'arrêtent pas de se moquer de moi!!" il dit en disparaissant dans la salle de bains.
Mado me regarde un peu perdue et moi je dis: "Je suis vraiment désolé, je ne sais pas ce que j'ai fait"
"Non, ne t'inquiète pas, il a bu, il est comme ça" me dit Mado d'une voix douce et perdue.
Nous rentrons dans la voiture de Romuald, frappés par le froid du vent du nord.
"Bon, on va danser?" lance Romuald. "La Chuca doit être bien bondée ce soir"
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