Parfois ils reviennent. C'est un peu comme les virus de saison: une fois partis on n'y pense plus, on arrive même à penser que le corps a eu tout le temps et tout le loisir de créer ses défenses immunitaires. Mais non. Que nenni! Malheureusement, nous avons chaque jour la preuve que la vie n'est qu'une suite de fautes de jugement, de faux espoirs, de deuxièmes chances mal données. Je me demande, dans quelques moments de lucidité, à quel point nous "imprimons la leçon". J'avoue, pour ma part, que dans les relations humaines, j'ai beaucoup de mal a faire trésor de mon vécu.
Dimanche, 9 janvier 2011 - 16h30 - 3 heures avant la soirée LIM
"Marco, t'es chiant, tu viens et basta!" hurle David au téléphone.
"David, j'ai vu la liste des invités sur Facebook et franchement je n'ai pas envie de montrer ma gueule dans un endroit où la moyenne d'âge est de 22 ans... Je sais déjà que je me ferai royalement chier. "
"Ça c’est des excuses à la noix! TU.VIENS.ET.BASTA! Je t'attend chez moi cet après-midi donc commence à te préparer!"
« Mais mon lit… ! » je dis en regardant mon lit sans lattes et avec la barre de la structure centrale complètement arrachée de sa base. J’avais passé mon après midi avec des cordes et du scotch à cartons à essayer de recomposer la structure de mon lit.
« On s’en fout de ton lit ! Franchement tu devrais en acheter un nouveau !!! Je te laisse, je vais me préparer et t’as intérêt à être prêt dans 2 heures !! Ciao ! » … Bon, ok…
Une heure après, mon lit ressemblait à quelque chose (toujours pas à un canapé-lit, mais au moins ça se tenait debout). J'étais devant la page de Facebook de la soirée LIM. Je regardais les têtes de toutes les gens qui avaient répondu "oui" à l'invitation. En regardant les visages des Jean-Christophes, Armandos, Frédéric-Yves, etc, je me demandais ce que j'allais foutre là bas.
Puis, une idée (j'avoue) machiavélique me baleina dans la tête. Pourquoi devais-je être le seul déprimé de la soirée? En moins de deux minutes, j'avais convaincu mon ami Giuseppe à se joindre à la soirée.
Moi au téléphone avec David au moment où il me propose d'aller à une autre LIM
19h30 - Entrée à la soirée LIM
A notre arrivée, Giuseppe était déjà énervé.
« Encore 5 minutes et j’allais partir ! Marco, t’es totalement incapable d’être à l’heure, c’est vraiment plus fort que toi !» criait Giuseppe.
« T’inquiète nous y sommes ! De plus, les autres devraient déjà être à l’intérieur ». je disais avec un petit sourire dans le coin.
Les garçons de la LIM sont des gens très simples et humbles. Ils arrivent presque à te voir même si t'as pas d'abdos
Devant le vestiaire il y avait une table avec plein de stickers arborant des fantastiques pseudos (du genre : folle, hyène, PQ, Madonna, hystérique, coquin). J’ai pris un « Fripon », je l’ai collé au T-shirt et je me dirigeais vers le vestiaire pour déposer mes affaires.
Après avoir descendu un long escalier, nous arrivions dans la discothèque, qui, vue l’heure, n’était pas encore pleine. Retrouver nos amis Giacomo et Walter fut plutôt facile.
4 shots de tequila après, j’étais aux anges pour diverses raison :
- la discothèque était bondée
- la populace était moins physiquement menaçante de ce que je croyais.
- je m’amusais avec mes amis.
D’habitude, à chaque fois que je sors dans ce genre d’endroits, il y a un moment (pas très long) de tristesse profonde, où je me demande pourquoi je suis toujours seul dans la vie, pourquoi je ne peux pas être aimé par les gens que je voudrais qui m’aiment et tout un tas de choses chiantes que je vous épargnerai ici. Eh ben ce soir là ce fut l’exception ! Je n’avais pas de complexes, pas de regrets, je ne pensais qu’à m’amuser et à jouir de la compagnie de mes amis.
Après des danses déchaînées sur la piste, sur les tables et sur toute surface qui pouvait tenir un poids moyen, David et moi nous avions pris le courage de partir. Toutefois, une queue d’attente inimaginablement longue s’était formée devant le vestiaire.
« Marco, il vaudrait mieux aller danser encore un peu, de toute façon il y a trop de monde là » David me dit.
« Bon allons y »
On était de nouveau sur la piste quand, bousculé par une dinde de 20 kilos à tout casser, je suis tombé dans le bras d’un beau barbu charmant.
« Pardon ! » je disais à ce bel étranger, gêné
« Non, t’inquiète, tout va bien » il me répondait. « ça va, tu t’amuses ? » il me demanda.
« Oui, beaucoup » je répondis en rougissant.
Deux secondes après je l’avais reconnu. Ce n’était pas un visage nouveau. Mais alors pas du tout !
[Flashback] – Paris, 8 mai 2008 15h30
J’ai pris ma journée. D’abord parce que j’ai encore plein de congés avant la fin du mois. Et après parce que ce soir c’est le concert de Kylie Minogue à Bercy. Oui, ça justifie pleinement une journée de congé. J’assume.
Entretemps, après avoir fait un peu de ménage dans l’appart, je me mets un peu sur le net.
Beep beep swoosh. ! Quelqu’un vient de m’envoyer un message.
« Salut, ça va ? »
« Ça va bien merci et toi ? » je réponds.
« Très bien, merci. Ça te dirait de venir prendre un café chez moi ? »
Eh ban, il est en besogne le keum… J’aime bien ses photos, il me semble bogosse. Trentaine, barbu, poilu, c’est bien dans mon target. Est-ce une bonne raison pour y aller comme ça, sans savoir qui c’est ? Ce n’est pas peut être ce qu’il y a de plus prudent.
« Ok, j’arrive dans 20 minutes » je tapote rapidement. La Victoria Silvstedt qui sommeille en moi elle bien réveillée aujourd’hui. Tant pis.
Une demi-heure après je suis devant la porte du mec du net. Je frappe timidement et un mec qui semble à peine sorti du lit m’ouvre la porte. Ben c’est bien lui, pas de doutes. Certes que sur les photos il avait l’air un peu plus reposé.
« Entre, je t’en prie » il me dit d’un air jovial.
« Merci » je dis en traversant l’entrée.
« Ah, t’as un petit accent » il me dit tout calme, tout zen, tout heureux. Je sens une odeur encens.
« Oui, je suis italien, je crois que j’ai gardé un peu d’accent » je réponds. « Marco » je dis en tendant mon bras, ma main bien ouverte vers lui.
Il me serre la main.
Qui est Sacha? Une question que même les membres de sa famille ne cessent de se répéter, car comme Snoopy, Sacha a 10000 vies. Ici il est ascète en Inde
« C’est charmant. Moi c’est Sacha. Suis-moi » il me dit en traversant un petit couloir qui mène à une chambre.
J’arrive dans une pièce de 10m2 environ. Une petite porte donnant sur une terrasse fait rentrer la lumière du soleil. La chambre n’est pas très remplie de choses : il y a une petite table, 2 chaises et le reste est tout par terre. Des piles de livres, 2 lampes (dont une lampe lava), une chaîne stéréo et un matelas avec des draps ornés avec des motifs arabesques. Il me propose à boire et je prends un verre d’eau, tant la chaleur est forte à l’extérieur. Il me fait assoir sur le matelas et lui il s’assied pas trop loin. On commence à parler de ses voyages, des milles endroits qu’il a visités, de ses moultes origines (juives, italiennes, marocaines et autre). Il est finalement très agréable et cultivé, l’impression est plutôt bonne.
« Et, si ce n’est pas indiscret, tu fais quoi dans la vie ? » je demande, maintenant à l’aise.
« Je travaille dans une agence immobilière… mais ce n’est pas pour moi, j’ai démissionné la semaine dernière »
« hmm, je ne sais pas, probablement un autre voyage ». Il me dit. Il y a un moment de silence.
« Tu fumes ? » il me demande.
« Non, je n’ai jamais fumé ».
Le passe temps préféré de Sacha.
Je vois qu’il ouvre une boite et qu’il sort un méga pétard, des dimensions d’un würstel. Je dois avoir un peu écarquillé les yeux, style un faisan devant une magnum 44, car il sourit et il me demande : « T’as jamais fumé de ça non plus ? »
« Non, je n’ai jamais fumé rien de ma vie » je dis en souriant à mon tour.
« Tu veux essayer ? ».
La drogue c’est mauvais, on le sait tous. Et, qui plus est, le tabac ça ne m’a jamais intéressé. En plus, se droguer dans l’appart d’un inconnu, ben, c’est vraiment la chose la moins recommandable à faire.
« Ok, pourquoi pas » je réponds. Victoria est toujours là…
Il me passe le canon et je tire deux coups. Rien. Je le lui repasse et il tire à son tour. Lui il semble encore plus de bonne humeur. Il me repasse sa grosse cigarette corrigée et j’inhale encore deux fois. Encore rien. C’est comme ça que j’ai compris que le shit ne me fait rien du tout. Je ne me sentais ni plus détendu, ni plus gai… seulement un peu frustré car.. Ban, moi je voulais de l’action et Sacha était ailleurs. Il a l’air bête. Il sourit bêtement, mais il est vraiment mignon. Soudain, je décide que si rien ne se passe dans le 5 minutes suivant, je rentrerai chez moi. Je n’ai pas tout l’après midi !
Finalement, comme par enchantement, il s’approche de moi et il m’embrasse. Ce qui a suivi était une série de bonnes surprises et de fun. J’ai quitté son appart vers 17h.
Je suis arrivé un peu en retard au rendez-vous avec mes potes pour le concert de Kylie, mais ça en valait le coup.
[Fin du Flashback]
Dimanche, 9 janvier 2011 - 23h30 - 3 soirée LIM
Je continue à danser avec mes potes mais Sacha est toujours à côté de moi.
« Ça fait très longtemps que je ne participe pas à une chose pareille » il hurle dans mon oreille.
« Tu ne sors jamais, Sacha ? » je lui demande
« Non…( ??) Mais comment connais-tu mon prénom ?! »
« Eh ban, on s’est rencontrés il y a longtemps… tu vivais à côté de Charonne… »
« Mince, oui ça date !!! »
« Oui, c’était le 8 mai 2008 ! » je crie.
« Mais comment te souviens-tu de la date ???!!! » il me dit, l’air très étonné.
« Parce que ce jour… parce que j’ai une bonne mémoire » je dis, en souriant. Je pense que le concert de Kylie Minogue comme point cardinal de ma vie ça ne fait pas trop viril dans.
« On va se mettre dans un endroit un peu plus tranquille ? » il me demande en approchant sa bouche de mon oreille.
« Viens, là ça m’a l’air plus tranquille » je lui dis, en indiquant des fauteuils plus éloignés de la piste, en proximité de la sortie. La queue d’attente n’avait pas diminué, au contraire, elle n’avait pas cessé de grandir.
On s’assoit sur le fauteuil. Sacha me sourit timidement et me dit :
« Je n’étais plus du tout habitué à tout ça. En tout cas je suis désolé de ne pas me souvenir de notre rencontre, même si ton visage m’est connu ». Il est visiblement embarrassé.
« Mais non, t’inquiète, je comprends, c’était il y a longtemps » je lui dis. Même si je trouve complètement bizarre de ne pas reconnaître quelqu’un avec qui j’ai couché. Bref.
« Euhm… pourrais-je… t’embrasser ? » il me demande tout timide.
Ban, il était temps ! je croyais devoir attendre la retraite… Je fais signe (oui) avec ma tête. Il s’approche lentement et pose délicatement ses lèvres sur les miennes. Ok, c’est un romantique. Pas mal, je me dis.
« C’est quoi tes programmes pour la soirée ? » il me demande, juste après. Je regarde ma montre et je vois qu’il est déjà 23h30.
« Euh, en réalité je dois rentrer. Demain je me lève tôt. » je lui dit, en faisant la moue triste.
« Ah, ok » me dit l’air un peu déçu. Il se lève pour m’accompagner à un vestiaire et un gros homme sur la 50 mal portée s’approche de nous et commence à parler avec Sacha.
Après quelques secondes Sacha me le presente .
« Marco, lui c’est Oscar». Oscar s’approche de moi et me serre la main.
« Enchanté, moi c’est Marco ».
Quelques minutes après, en récupérant ma veste, il me raconte que Oscar est une célébrité d’un petit écran et qu’il s’occupe d’une émission de déco, puisque lui-même est un designer très recherché.
« Son appart est vraiment très grand et il est proche de l’Arc de Triomphe. Pour ma part je n’aime pas la déco, c’est un peu trop excentrique pour mes goûts, mais bon, il faut reconnaitre qu’il a des beaux volumes ».
Avant de partir, on s’échange le numéro de téléphone, on se dit qu’on s’appellera dans la semaine et moi je m’en vais dans la nuit.
Lundi, 10 janvier 2011 - 16h30 – Locaux Dior, rue de Téhéran, Paris
Je suis un train de travailler quand soudain je reçois un appel. Le numéro ne me disait rien de particulier. Je réponds et j’entends la voix de Sacha. Je me lève illico de ma chaise et je fonce vers la cage d’escaliers.
« Comment va ta journée ? »
« Ça va très bien, merci, Sacha. Et toi ? »
« Ça y est, j’ai trouvé du taff. Depuis que je suis rentré en France (il y a 4 jours) j’ai un peu du mal à trouver. Mais bon, j’ai trouvé un petit job comme vendeur au Printemps de Nation »
« Génial »
« Et si ça te dit, on pourrait diner ensemble mercredi soir… qu’en dis tu ? » il me propose.
« Ok, volontiers, c’est une bonne idée, on se capte mercredi dans l’après midi pour confirmer et convenir d’un lieu et de l’heure » je dis, enthousiaste.
« Ça marche. Je t’embrasse »
Mercredi, 12 janvier 2011 - 20h30 – place de la République, Paris
C’est une soirée plutôt douce pour la saison. Sacha et moi nous avons convenu d’un rendez vous ici car c’est assez proche de Nation et après c’est pratique pour lui au moment de rentrer. 5 minutes après mon arrivée, Sacha apparait en face de moi, grand, beau, bien habillé avec un costume gris et un manteau élégant gris. On se dit bonsoir, on s’embrasse sur les joues et il me pose la question fatidique : « On va où ? »
Bizarrement j’ai un excès d’assurance de moi même. Ce soir j’ai envie d’avoir confiance, je sais que PEUX oser. Il est peut être venu le temps de détruire un mythe.
Je souris.
« Suis-moi » je lui dis, en souriant.
Quelques minutes après nous nous retrouvons assis à une table de chez Séraphin.
Mercredi, 12 janvier 2011 - 20h45 – Chez Séraphin
Nous sommes assis à une petite table, face en face. Sacha se regarde autour de lui
« Sympa cet endroit » il me dit. Je ne répond pas à ce commentaire, mais je me limite a sourire. Il n’y a pas beaucoup de monde.
« Alors, félicitations pour le job » je lui dis.
« Merci, mais je pense que je ne le garderai pas… je m’ennuie » il me dit d’un air douteux.
« oh… » J’exclame surpris... « Es tu sur ? Car, bon, tu m’avais dit que c’était dur de décrocher quoi que ce soit ici… »
« C’est vrai ! C’est ça la France ! » il dit d’une voix un peu haute. Ça y est, je pense. Pétage de plomb, détraquage, répulsion et disparition… l’évolution naturelle de tout être vivant ayant mon intérêt à l’intérieur de ce lieux satanique. « Nulle part ailleurs, tu as des mentalités réactionnaires comme ici !!! moi j’ai voyagé dans le monde, j’ai travaillé à l’étranger et quand je cherchais des jobs ça s’est passé toujours bien ! En Suède, par exemple, lorsque tu dis que t’as eu des expériences professionnelles dans d’autres pays, de suite ils sont très impressionnés. Alors qu’ici ils te snobent, et même, ils considèrent que t’as pas travaillé ! »
« Mais bon, dans tes voyages, t’as aussi travaillé pas mal en France, non ? je veux dire, quand on s’est connus je me souviens que t’avais un travail fixe, non ? »
« Ah, j’en ai faites des choses depuis » il dit tout content « j’ai même lancé ma propre activité »
« Sérieux ? T’as fait quoi ? »
« J’ai ouvert un cabinet de voyance ».
AH !
Première tare, je me dis.
« Ah… t’es voyant ? »
« Oui, absolument »
« Mais comment ça se passe ? T’arrives à provoquer ça ? » je demande, intrigué.
« Oui, j’ai des FLASHS » il dit, tout sérieux et fier.
« Comme ça ? Sur commande ? » je demande de façon neutre, à masquer mon air sceptique.
« Il faut que je fasse un gros effort » il répond.
« Mais tu vois aussi des choses… graves, tragiques, horrifiques ? » je relance
« Non, ça je bloque ! » il dit. Je commence à sentir qu’il fatigue et qui me prie, silencieusement, de changer de sujet. Ce que je fais promptement. J’ingurgite une gorgée de Coca Zéro et je souris, en le regardant bien dans les yeux. Pff, il est beau, même si bizarre.
« En tout cas je suis content de te voir » il me dit en souriant.
« Moi aussi » je réponds sincèrement.
« C’est rare de trouver des gens qui ont envie de connaître vraiment les autres. En tout cas à Paris c’est très rare »
« Complètement d’accord avec toi » je confirme. « On est toujours en mode « conso rapide » et basta »
« Et c’est dommage ! En tout cas ça me fait plaisir de t’avoir rencontré de nouveau »
« Merci, c’est la même chose pour moi »
Je sens la confiance revenir et soudain je décide de jouer les cartes découvertes avec Sacha.
« Je ne croyais pas possible d’avoir une conversation agréable ici. Avec qui que ce soit » je dis calmement. Du coup je réalise que je suis en train de marcher sur un terrain glissant.
« Ah bon ? Qu’est ce que tu veux dire ? »
« Ok, d’abord il ne faut pas que tu penses que je suis fou. Mais bon, ce lieu même, ce restaurant à été toujours quelque peu néfaste pour mes rencontres » je dis les yeux sur mon Coca Zéro.
« C’est marrant, raconte ! » me dit Sacha en souriant
Et pendant une demi-heure je lui raconte toutes les histoires connexes à ce lieu et il paraît amusé. Bon, tant mieux.
A la fin de mon récit, il me dit : « Ben, il faudra briser cette malédiction, non ? »
« Ouf, j’attendais cette demande » je réponds.
Il y a peux de moment dans la vie où je me sens comme Lana Turner devant quelqu’un qui la désire et qui est désiré au même temps. Celui-ci en est un.
Il y a comme une forte tension sexuelle dans l’air et je ressens le besoin de calmer le jeu. Même si je déteste cet endroit, je n’ai pas envie non plus de partir d’ici escorté par les gendarmes.
« Et donc, tu reviens d’un long voyage ? » je demande en passant du coq à l’âne.
« Oui, ça a duré deux ans » il me répond.
« Où ça ? »
« J’étais en Inde. Deux ans sur une montagne solitaire. J’ai vu très peux d’êtres humains en deux ans ».
AH !
Deuxième tare.
Avant que je ne puisse former des pensées concrètes dans ma tête il prend ma main, sous la table. Elle est chaude.
Il me regarde intensément droit dans les yeux et il me dit : »J’ai très envie de toi ». Il n’est que 21h30. Soudain je suis pris par la panique. Avant de penser concrètement quoi répondre à cette affirmation il y a trois choses que je visualise dans mon cerveau :
1. Ce mec a passé 2 ans sur une montagne sans voir personne.
2. Il n’a pas baisé depuis 2 ans
3. Je viens de reconstruire mon lit. Avec des bouts de scotch.
C’est la panique totale. Je souris nerveusement.
« Merci ». Trop original, je ne pouvais pas faire mieux.
Soudain il y a un silence qui gène… « Euh, je t’en prie » il me répond, un peu déçu par mon ‘merci’. Faux pas ? Il faut que je m’en sors bien, Sacha est quelqu’un de bien et jusqu’à là il a bien résisté à l’épreuve Séraphin.
« Moi aussi, pour tout te dire… » j’ajoute.
« Super ! Tu fais quoi après ? T’as faim ? Moi non ! Voltaire n’est pas trop loin d’ici ! »
Voilà, ça y est ! Ça avait l’air trop beau, je me disais. Pour une fois que je veux prendre mon temps et connaître bien la personne (et accessoirement protéger mon appartement)…
Présage funeste d'un éventuel passage de Sacha chez moi
« Malheureusement il y a quelqu’un chez moi » je réponds à sang froid. « Ma copine Sabrina est en train de déménager et donc elle reste chez moi, le temps que son appartement soit prêt. » je rajoute. Souci du détail je rajoute le prénom de ma copine. Internement, je suis abasourdi par la facilité que j’ai mis à produire tel mensonge.
« Ah dommage » il me dit. « On trouvera une façon de nous voir » il me dit confiant, un large sourire aux lèvres et en hochant de la tête, style «je te ferai passer un bon quart d’heure, mon grand…»
Je suis confus : soit il a très faim et donc a besoin de « consommer » (au même temps, 2 ans d’abstinence je comprends), soit je l’intéresse vraiment.
La soirée s’achève sur une note mitigée, chacun prenant son métro pour rentrer à son domicile.
La Malédiction a-t-elle frappé encore une fois ?
Post Séraphin – Sacha se lance
Jeudi, 13 janvier 2011 - 17h33
SMS impromptu au beau milieu de l’après midi : « Demain soir chez mon ami Oscar. Il est parti en voyage et l’appart sera tout pour moi. Je t’enverrai l’adresse demain soir. Je pensais que ce serait cool vers 21h00, qu’en dis-tu ? Amène un film, si tu peux. Bisous et à demain ».
AMENE UN FILM ??? Il se fout de ma gueule ?? Ok, calmons-nous. Je préfère ne pas répondre quand je suis énervé. Est-il en train de me manipuler ?
Post Séraphin – Un donjon dans la ville
Vendredi, 14 janvier 2011 - 20h45
Je suis assis dans le metro en direction de l'avenue Wagram. J'ai eu le temps de passer chez moi, me doucher, prendre un satané film et de partir. Sacha, comme promis dans son sms, m'a envoyé l'adresse de son ami Oscar. Comme d'habitude, je remet en question mon bon sens, mais je me dis qu'après tout ce n'est pas une si mauvaise chose que d'accorder le bénéfice du doute à ce brave homme.
Je marche en suivant les indications du SMS et en me regardant autour je ne vois que des habitations où il me serait impossible d'habiter: que des immeubles imposants qui semblent suggérer des immenses appartements aristocrates, tous en marbre et moulures précieuses. Je me dirige dans l'entrée d'un grand bâtiment aux énormes fenêtres. Tout est si blanc que même la nuit ça dérange l'oeil nu. Comme je ne sais pas qui appeler ni où me diriger j'appelle Sacha lui disant que je suis arrivé. Quelques secondes après, une porte à mon côté (que j'avais prise pour l'entrée de la maison du gardiennage) s'ouvre et Sacha fait son apparition. Vêtu d'un t-shirt en V orange pétant et d'une paire de pantalons vert foncé, je pense à une carotte hors proportions.
"Salut toi" il me dit en souriant d'une voix calme et posée. Il me fait la bise sur les ... JOUES! Eh ben, je me dis, c'est soirée copines ce soir...
Je rentre et.... je me retrouve littéralement dans un autre monde. Après être rentré, la première chose que je vois c'est une armure e taille réelle. Après, tout autour, il y a une suite de statues religieuses ou ethniques de toutes les tailles, suspendues ou par terre qui remplissent une pièce. Je me sens comme si 500 yeux sont posés sur moi. Il y a après des étendards médiévaux sur la partie haute des parois, un lustre immense et des meubles très anciens qui entassent la grande pièce. J'ai l'impression d'être dans un musée/donjon et je ne me sens pas à l'aise. Une petite chienne se met devant moi et me regarde.
"ah, je te présente Utopia" me dit Sacha.
"sympa le nom" je me dis en caressant la tête du chien et en pensant que heureusement certains n'ont pas d'enfants.
Je ne sais pas vous, mais la vue improviste d'une armure chez quelqu'un me coupe l'élan sexuel...
Sacha me fait asseoir sur une longue méridienne dure et très peu confortable, mais très ancienne. Il s'assoit à une bonne distance de moi, ce qui ne fait que renforcer mon doute sur l'intérêt de cette rencontre. Il me regarde, calme, posé.
"ça te dérange si je fume?" il me demande tant qu'il manipule une enveloppe cirée remplie de tabac et un papier blanc transparent.
"bien sur que non" je lui répond.
"ce n'est pas de vraies cigarettes" il me dit, comme s'il voulait sortir un mystérieux effet surprise.
"je sais" je lui répond sèchement.
"comment sais-tu?" il me demande, amusé.
"j'ai déjà vécu ça" je dit, sans rajouter rien d'autre. Il continue à fabriquer son pétard et moi je reste assis inconfortablement assis sur cette méridienne, mon regard perdu sur Utopia.
Il finit son oeuvre et après quelques tirs il me fait partager sa création. Pour le faire content j'essaie deux tirs, mais, mis à part cette sensation d'inhaler des herbes de cuisine, je n'ai aucun effet particulier: je ne suis pas plus à l'aise, ni plus relaxé, ni plus "sexuel". Apparemment, ce n'est pas le cas de Sacha. Il s'approche, me prend dans ses bras et me traîne dans une autre chambre. La dernière chose que je vois est la pendule qui indique 21h30.
Même soir - 21h37
Je regarde la chambre. Elle me fait penser à comment j'imagine la chambre à lit d'une haute figure de l'église. Sérieux, je me dis que Son Excellence l'archevêque de Rome, doit avoir une chambre aussi chargé en déco, statues, meubles, mauvais gout.
"Merci c'était très bien" dit la voix mi-endormie de Sacha à côté de moi.
Je ne fais pas de commentaires et je me rhabille. Sacha se relève et commence à s'habiller aussi.
"Viens" me dit-il "on va se voir un film". J'aurais préféré rentrer chez moi, mais comme je ne veux pas passer pour celui qui vient, baise(pas) et file, je lui sors un film que j'ai amené. Il allume son mac portable 10 pouces met le film et on reste assis côte à côte à le regarder. Dix minutes après je l'entend ronfler à mon oreille et j'en profite pour faire un fast-forward de 45 minutes sur le film. Rien. Il dors toujours. Je laisse passer 5 autres minutes et je fais un ultérieur fast-forward de 50 minutes. Quelques minutes après, le générique de fin apparaît à l'écran. Je me remet les chaussures, je réveille doucement Sacha (le temps qu'il voit que le film est bel est bien fini) et sans lui laisser le temps de penser, j'arrive à extraire le film de son mac, à m'habiller et à lui dire bonsoir et merci.
Même soir - 22h20
Je suis assis sur la ligne 9 qui me ramènera chez moi. Je pense à cette histoire et je comprend que ce monde est vraisemblablement incapable de m'offrir autre chose que ce genre d'épisodes bizarres et sans sens. Du moins jusqu'à ce que je continuerai à amener des gens qui m'intéressent dans ce lieu.
Il y a un restaurant à côté de République. Il a l'apparence agréable et sympa. A chaque fois qu'on y passe à côté, on y voit des tables remplies de gens qui sourient, boivent et s'amusent. Mais ce lieu, pour des gens comme moi, cache quelque chose de terrible: une force destructrice et maléfique qui a le pouvoir de casser des liens ou de faire avorter toute possible histoire sentimentale entre deux êtres. Je ne sais pas si c'est la porte pour la quatrième dimension, mais, ce que je peux dire c'est que trois fois sur trois j'ai eu le même résultat. Fuyez, vous qui pouvez. Fuyez "Séraphin