Sans vouloir faire du sarcasme cheap, le pont de l'Alma n'a pas porté plus de chance que ça a une certaine princesse anglaise. Et il y a quelques siècles, une reine autrichienne y a perdu sa tête. En général, la monarchie étrangère et Paris ça fait deux. Sur une échelle infiniment plus petite et non blasonnée, toutefois, j'ai trouvé un endroit absolument sinistre à mon égard.

Parisien malgré lui
Pour confirmer le lieu commun qui dit que les apparences sont presque tout le temps trompeuses, il y a un bar-restaurant à Paris qui est fort dans son genre: de l'extérieur il parait innocent, même très mignon. Mais une fois pénétrés dans "chez SERAPHIN", votre vie, ou du moins votre vie amoureuse ne pourra qu'en ressortir anéantie. Si votre histoire d'amour est à ses débuts, ici elle trouvera une rapide euthanasie. Je ne peux que conclure qu'un fragment de l'énergie dévastatrice contenue dans le Triangle des Bermudes a trouvé un moyen de s'abattre et continuer à proliférer chez SERAPHIN, métro République, Paris.

Chez Séraphin: ou la 4ème porte pour l'Enfer
Mais, pour amour de vérité, racontons comment ce cauchemar urbain a debuté.
Paris, 7 novembre 2008. Nicolas HB
Facebook m'a gentiment offert un nouvel ami, monsieur Nicolas HB. On s'est connus grâce a la fameuse "app" "Are you single?" et avant que je puisse perdre son intérêt, il m'a demandé en ami sur Facebook. Pendant trois semaines on s est échangés plein de messages sympas. Physiquement, du moins pour ce que je pouvais constater de ses photos de profil, j'aimais beaucoup. En revanche, j 'étais un peu perturbé par ses goûts perso: fan de Jem et les Holograms, totalement fasciné par Creamy et perdu amoureux de lui même, au point de se créer une page célébrité ou on pouvait devenir son fan. Ok, je me suis dit, il n'y a rien de mal à s'aimer... En revanche, Creamy... passons...
Dans un de ses dernier messages, Nicolas HB me propose une rencontre. Il me suggère qu'on se voit le lendemain soir et bon, je me dis, pourquoi pas?
Le lendemain, pas de news. A la fin matinée, j'étais tenté de lui écrire, mais bon, je n'avais pas trop envie de faire le premier pas. Aux alentour de 17h, je vois qu'il a posté une entrée dans Facebook où il dit: "A qui dirait un petit ciné ce soir?". Ok, un autre cas social. Pour ne pas passer pour un teubé, je lui envoi le commentaire suivant: "!" . Une vingtaine de minutes après il m' envoit un SMS me disant qu'il n'avait pas du tout oublié le rendez vous, mais que, comme il ne travaillerait pas le lendemain, il voulait se faire une petite dernière séance au ciné. A ce moment là je lui répond que, de mon point de vue, ce n'est pas très élégant de prévoir publiquement une deuxième partie de soirée le même soir d'un rendez vous, que ce n'est pas moi qui a décidé de nous rencontrer à cette date et que s'il voulait sortir avec ses amis il devait simplement le faire. Après 2 sms et un message d'excuses, il déclare qu'il veut absolument me voir pour le soir même, 21h à République.
Il est 21h15 et il n'est pas encore arrivé. Il fait un froid de canards et je commence à ne plus sentir mes mains. A un moment donné, je vois un homme énorme sortir du métro. Il doit faire 1m97 de haut, 1 mètre d'épaule à épaule, il a un grand manteau gris et un berret basque à sa tété.
Il se dirige vers moi, me réconnaissant. "Fa fait longtempf que tu m'attend?" il me demande en souriant... "ben, oui, une vingtaine de minutes" je répond tranquillement. "Efcufe moi, j'étaif au fport et je n'ai pas vue l'heure" il me dit, cette fois regardant ses chaussures noires pointure 57. "Fui moi, fe connais un endroit fympa". Je le suis et on marche en silence pendant quelques minutes. Il n'est pas trop mal, même si son crâne et son visage (qui ne sont pas laids) me rappellent une sculpture de Modigliani.
On arrive à l'entrée d'un bar qui fait angle. Je lis le nom. SERAPHIN. Le proprio doit sans doute être antillais. Bref. Nous rentrons et Nicolas HB semble être 100% à l'aise et il y a quelques serveurs qui lui font signe de loin. "j'habite tout prêt, f'est pour fa que je viens ifi fouvent". On nous propose une table à l'étage, où il n'y a virtuellement personne.
On s'enlève les manteaux et le serveur prend nos commandes. Nicolas HB prend une Coca Zéro. Je prend la même chose.
"Dis, t'as un acfent!" il me dit, l'air surpris.
"Toi aussi" je lui jette. Pourtant sur Facebook je suis sur de lui avoir dit que j'étais italien. "f'est bifarre fa, je n'ai pas d'acfent" il me dit, presque en boudant. Il commence à faire très chaud dans le bar.
Il me dit qu'il a un job fabuleux, qu'il compte bien faire encore plus de carrière, qu'il fait du sport toutes les soirs (mais pas pour se muscler, seulement pour rester en forme. Au même temps il a des bras qui ressemblent à mes cuisses, mais bon, passons), qu'il aime beaucoup le cinéma. Il fait une petite pause et il me regarde.

Trop de popularité sur Facebook est mauvaise pour la santé de certains.
"Ben, arrête de me regarder comme fa" il me dit, avec un sourire de champion.
"Pourquoi, comment je te regardais?" je lui demande. Je ne le regardais vraiment pas de cette façon là. Il rigole en fermant les yeux, comme pour dire, je sais, je sais...
"af tu beaucoup d'ami fur Faifbook?" il me demande
"Je crois 150, à peu près" je lui répond
"ah, moi j'en ai 879!"
"wouaou!! tu connais autant de gens?" je demande surpris
"non, f'est qu'au début j'ai répondu oui à toutes les demandes d'amitié. Et de fette fafon j'ai cumulé autant d'amis!" il m'explique, comme si c'était la chose la plus évidente du monde.
"Ah je vois. Et tu vas utiliser quels critères pour écrémer toute cette masse humaine?" je lui demande, un peu amusé.
"je vire les plus moches d'abord" il me répond.
"Ah, d'accord. Alors demain je ne te verrai plus dans mes contactes" je lui dis en rigolant.
"Mais non, t'es bête! Mais il faut que je me difipline car je tombe toufours dans le même piège. Les garfons voient que je fuis mignon et ils n'arrêtent pas de me demander en ami" il me dit sérieux.
Pensant qu'il faisait de l'esprit, je rigole. Il me regarde toujours sérieux et moi aussi je redeviens sérieux. Cette soirée n'arrête pas d'empirer. Je cherche à dévier le sujet.
"Non, mais sérieux, t'es parisien? parce que je détecte un accent, tout de même" je dis en souriant.
"NON, fe n'est pas un acfent, fe fa!" il dit en tirant sa langue. En effet, au milieu de ce jambon cru, il y a un piercing gros comme un M&M's.
"hm sympa" je lui dis fasciné.

C'est
sans doute bon pour la fellation, mais vous avez l'air tellement con
quand vous parlez comme le chat Sylvestre en train de dire des choses sérieuses...
"Bon, il est tard (21h45) et demain ve me lève tot. Il faut que ve pars".
Il a peut être oublié qu'il m'avait dit ne pas travailler le lendemain. Détails.
On règle l'addition et on sort de chez SERAPHIN. En me dirigeant vers le métro, je me suis dit que je n'aurai jamais plus vu Nicolas HB.
Inutile de dire que, dès le lendemain à 11h30, il m'avait viré de ses contacts.
Fin de la première partie
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